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	<title>Enqu&#234;te Critique</title>
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	<description>Plateforme de recherche en sciences sociales depuis les luttes. 100% ind&#233;pendante, libre &amp; autog&#233;r&#233;e pour une auto-&#233;ducation populaire, collective et &#233;mancipatrice.
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		<title>Enqu&#234;te Critique</title>
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		<title>Second rapport de l'Observatoire de l'&#233;tat d'urgence sanitaire</title>
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		<dc:date>2022-06-27T10:51:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Frederic Levy, Observatoire de l'Etat d'urgence sanitaire</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, de multiples pratiques de r&#233;sistance, d'entraide et d'auto-d&#233;fense ont pris forme pour r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s de survie quotidienne et faire face aux violences d'&#201;tat. Pour comprendre ce qui se met en place et renforcer nos luttes, un collectif d'enqu&#234;te s'est constitu&#233; &#224; la crois&#233;e des alliances tiss&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; Paris et Toulouse principalement. &lt;br class='autobr' /&gt; Notre premier rapport avait suscit&#233; de l'int&#233;r&#234;t dans diff&#233;rents secteurs en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/" rel="directory"&gt;Auto-d&#233;fense, auto-&#233;ducation, auto-organisation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L150xH81/couv2-b071a.png?1664966034' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, de multiples pratiques de r&#233;sistance, d'entraide et d'auto-d&#233;fense ont pris forme pour r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233;s de survie quotidienne et faire face aux violences d'&#201;tat. Pour comprendre ce qui se met en place et renforcer nos luttes, un collectif d'enqu&#234;te s'est constitu&#233; &#224; la crois&#233;e des alliances tiss&#233;es ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; Paris et Toulouse principalement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/article/observatoire-de-l-etat-d-urgence-sanitaire&#034;&gt;Notre premier rapport&lt;/a&gt; avait suscit&#233; de l'int&#233;r&#234;t dans diff&#233;rents secteurs en r&#233;sistance et il a eu des &#233;chos constructifs dans la presse ind&#233;pendante et sur les r&#233;seaux sociaux. Il a permis de cr&#233;er de nouveaux liens, d'en renforcer d'autres et de se former collectivement &#224; la production d'une connaissance critique capable d'armer nos luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici notre second rapport. Il r&#233;unit une nouvelle fois des personnes impliqu&#233;es dans les luttes actuelles pour analyser ce qui est &#224; l'oeuvre et concevoir des moyens concrets pour renforcer les r&#233;sistances dans les quartiers populaires, les territoires coloniaux, dans les prisons, les CRA et les foyers d'immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe d'enqu&#234;te sur les colonies d'outre-mers introduit le rapport en d&#233;crivant les derniers d&#233;ploiements r&#233;pressifs de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; Mayotte, &#224; la R&#233;union, en Kanaky et en Guyane notamment. Il d&#233;crit des r&#233;sistances organis&#233;es &#224; diff&#233;rents degr&#233;s mais qui se multiplient et se diversifient. Les Gilets Noirs livrent leur seconde auto-enqu&#234;te men&#233;e dans les foyers de travailleurs immigr&#233;s o&#249; ils s'organisent en r&#233;gion parisienne face au durcissement des conditions de vie et des pratiques r&#233;pressives et racistes des gestionnaires. Le groupe d'enqu&#234;te sur les violences d'Etat dans les quartiers populaires s'est &#233;largi et a d&#233;cortiqu&#233; la gestion polici&#232;re du socio-apartheid &#224; partir de donn&#233;es collect&#233;es en ligne et directement dans la rue pour organiser la solidarit&#233; face aux r&#233;pressions qui ont commenc&#233; &#224; frapper les derni&#232;res r&#233;voltes. Le groupe &#171; prisons &#187; a men&#233; plusieurs entretiens avec des d&#233;tenus dans des maisons d'arr&#234;ts pour majeurs de la r&#233;gion parisienne. Il d&#233;crit la transformation des luttes face &#224; la diversit&#233; des proc&#233;d&#233;s r&#233;pressifs mis en place. Un groupe d'enqu&#234;te sur les aspects juridiques de l'&#233;tat d'urgence sanitaire s'est pench&#233; sur la d&#233;tention provisoire. Il montre comment la loi du 25 mars 2020 permet d'&#233;tendre les domaines de ce dispositif d'enfermement. Enfin, des militantes de &#171; &#192; bas les CRA ! &#187; se sont associ&#233;es &#224; l'Observatoire pour d&#233;crire l'&#233;volution des luttes et des violences d'&#201;tat dans les prisons pour &#233;trangers pendant l'&#233;tat d'urgence sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les synth&#232;ses qui suivent ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par chaque groupe &#224; la suite d'enqu&#234;tes men&#233;es de mani&#232;re autonome. Elles ont &#233;t&#233; ensuite restitu&#233;es collectivement entre tous les groupes pour tenter de produire des hypoth&#232;ses et des pistes d'analyse et d'organisation communes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DANS LES COLONIES D'OUTRE-MER&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mayotte, la situation est tr&#232;s pr&#233;occupante. Alors que les trois autres &#238;les des Comores (ind&#233;pendantes) ne recensent que trois cas de personnes contamin&#233;es, Mayotte, elle, en compte pr&#232;s de 700. Plus de 80% des personnes vivent sous le seuil de pauvret&#233; : plus encore que le COVID-19 ou la dengue qui elle aussi fait rage, &lt;a href=&#034;https://basta.media/Mayotte-faim-pauvrete-acces-eau-penurie-petrole-maladie-chronique-epidemie-dengue-coronavirus-covid19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;c'est la faim qui constitue le probl&#232;me majeur des comorrien.e.s de Mayotte.&lt;/a&gt; Dans la nuit du 3 mai, des centaines de personnes ont brav&#233; le couvre-feu et se sont soulev&#233;es dans la p&#233;riph&#233;rie de Mamoudzou (notamment &#224; Tsoundzou) contre la gendarmerie et la police. &lt;a href=&#034;https://la1ere.francetvinfo.fr/mayotte/mamoudzou/nuit-d-emeutes-urbaines-a-mamoudzou-828960.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;200 jeunes ont fait pleuvoir les pierres sur les forces r&#233;pressives&lt;/a&gt;, notamment sur les deux blind&#233;s de la gendarmerie &#8211; ceux-ci sont bien connus de tous les militants des colonies d'outremer depuis les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#224; La R&#233;union a &#233;t&#233; d&#233;crite et analys&#233;e par deux camarades r&#233;unionnaises, Marion Malga-Baptisto et Mathilde Lebon, dans un long article &lt;a href=&#034;https://joaogabriell.com/2020/04/28/moisissure-sous-les-tropiques-le-virus-la-metropole-et-ses-confettis-tribune-de-deux-reunionnaises-par-marion-malga-baptisto-mathilde-lebon/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Moisissure sous les Tropiques &#187;&lt;/a&gt; publi&#233; sur Le blog de Joao. Elles d&#233;noncent notamment la gestion de la situation par une &#233;lite blanche de France avec la &#171; complicit&#233; silencieuse des &#233;lu.e.s locaux &#187;, ainsi que le fait que le march&#233; des masques sanitaires fasse l'objet d'une pr&#233;dation des m&#234;mes groupes priv&#233;s de la Cara&#239;be et de La R&#233;union qui remplacent ainsi un &#233;tat colonial satisfait d'une telle d&#233;l&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Guyane, en Martinique et en Guadeloupe, &lt;a href=&#034;https://la1ere.francetvinfo.fr/sites/regions_outremer/files/assets/documents/2020/04/29/motion_amg_du_29_avril_2020_20200429145429_1-1356920.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;de nombreux maires ont exprim&#233; leur refus de rouvrir les &#233;coles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La pand&#233;mie de Covid-19 fait peser une grave menace sur la sant&#233; des peuples autochtones du monde entier &#187; affirme un &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/240420/confrontes-au-covid-19-les-peuples-autochtones-de-france-se-renforcent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;communiqu&#233; de l'ONU&lt;/a&gt;. Au sein de l'empire colonial fran&#231;ais, cette affirmation s'applique aux peuples premiers de Guyane ainsi qu'aux clans kanak de Kanaky. &#171; Le contexte nous met face &#224; l'h&#233;ritage d'une blessure coloniale et au traumatisme collectif laiss&#233; par les &#233;pid&#233;mies qui ont d&#233;cim&#233; nos anc&#234;tres &#187; a &#233;crit le grand conseil coutumier de Guyane dans un communiqu&#233;. Pendant ce temps, la commission d&#233;partementale des mines guyanaises a vot&#233; le 29 avril en faveur d'un nouveau projet minier dont le nom, &#171; Esp&#233;rance &#187;, sonne comme un affront suppl&#233;mentaire. Apr&#232;s la victoire politique des militant.e.s autochtones et &#233;cologistes contre le projet Montagne d'Or en 2019, de nouvelles batailles se pr&#233;parent donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Kanaky, un certain nombre de tribus ont &#233;rig&#233; leur propres barrages. Le faible nombre de leurs entr&#233;es joue la plupart du temps en faveur de la gendarmerie qui peut ainsi contr&#244;ler facilement les all&#233;es et venues mais sont cette fois-ci utiles au filtrage des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitant&#183;e&#183;s de Mar&#233;, Lifou et Ouv&#233;a ont organis&#233; un pont a&#233;rien de marchandises pour les membres de leurs familles bloqu&#233;s &#224; Noum&#233;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 avril, le pays est sorti du confinement malgr&#233; un avis explicitement contraire du S&#233;nat coutumier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 avril, les autorit&#233;s coutumi&#232;res de Pa&#239;ta ont organis&#233; une manifestation devant l'a&#233;roport international de Tontouta pour protester contre l'arriv&#233;e de la rel&#232;ve de 180 militaires coloniaux. Finalement, l'avion a &#233;t&#233; d&#233;programm&#233;. Le 22 mars, l'a&#233;roport avait &#233;t&#233; caillass&#233; pour manifester la volont&#233; du pays de ne plus recevoir d'avions susceptibles d'accro&#238;tre la pand&#233;mie. Huit personnes avaient ensuite &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es apr&#232;s que des moyens de r&#233;pression de grande ampleur eurent &#233;t&#233; mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de nos contacts nous rapporte : &#171; Pour ce qui est de la position des coutumiers, il est vrai qu'ils prennent vraiment l'affaire en main, ce qui ne pla&#238;t pas beaucoup aux loyalistes qui voient l&#224; une menace institutionnelle dans le mod&#232;le de gouvernance et se rendent compte surtout de la port&#233;e et l'influence de leurs d&#233;cisions sur la communaut&#233; kanak.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'informations &#224; ce sujet : https://rrb.nc/podcast/club-politique-24-0&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date du r&#233;f&#233;rendum pour la pleine souverainet&#233; du pays a &#233;t&#233; maintenue au 6 septembre. La situation actuelle ne favorise pas la campagne pour le &#171; Oui &#187; &#224; l'ind&#233;pendance du pays. La date retenue &#233;tait d&#233;j&#224; assez &#171; pr&#233;coce &#187; (pas tout &#224; fait deux ans apr&#232;s le premier), et la crise COVID-19 n'arrange rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://acta.zone/leopold-lambert-les-4-et-5-mai-de-kanaky/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 5 mai, les tribus d'Ouv&#233;a, notamment celle de Gossanah, ont comm&#233;mor&#233; le 32e anniversaire du massacre des 19 militants&lt;/a&gt; (rappelons que trois d'entre eux, dont Alphonse Dianou, ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s froidement) par l'arm&#233;e coloniale et le GIGN fran&#231;ais, victimes des basses tactiques &#233;lectorales &#224; la veille d'un second tour de pr&#233;sidentielles entre le Pr&#233;sident Mitterrand et le Premier ministre Chirac. Tout permettait pourtant de r&#233;soudre la crise des 27 gendarmes pris en otages dans la grotte de Gossanah par la n&#233;gociation ; les militants r&#233;clamaient principalement la lev&#233;e du si&#232;ge d'Ouv&#233;a par l'arm&#233;e fran&#231;aise et la possibilit&#233; d'&#234;tre jug&#233;s en France plut&#244;t que par les tribunaux coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En allumant radio Djido (radio Kanaky) le 22 avril 2020, on pouvait entendre Maki W&#233;a, militant de longue date de la tribu de Gossanah, parler du deuil en cours en relation avec la pand&#233;mie. En conclusion de son entretien radiophonique, Maki t&#233;moigne de ce qu'il interpr&#232;te comme un signe : &#171; Vous savez, ils ont appel&#233; ce virus &#171; COVID-19 &#187;. 19 &#231;a me fait forc&#233;ment penser aux 19 qu'on a perdus ce jour-l&#224; et &#8220;covi&#8221; en langue iaai [l'une des 28 langues kanak, et l'une des deux parl&#233;es &#224; Ouv&#233;a] &#231;a veut dire &#171; jeune homme &#187; dont vraiment pour nous ce moment c'est plus covi 19 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/mayotte.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH332/mayotte-b07f5.webp?1664966034' width='500' height='332' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mayotte&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DANS LES QUARTIERS POPULAIRES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ce deuxi&#232;me mois de confinement, nous avons pu observer une continuit&#233; et un renforcement dans la mise en place de dispositifs s&#233;curitaires et r&#233;pressifs d'&#201;tat, ciblant de mani&#232;re sp&#233;cifique les habitant&#183;e&#183;s de quartiers populaires. Les couvre-feux d&#233;ploy&#233;s dans de nombreuses villes d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence sanitaire ont &#233;t&#233; pour la plupart prolong&#233;s. &lt;a href=&#034;https://www.lejdd.fr/Societe/coronavirus-voici-104-villes-qui-appliquent-desormais-un-couvre-feu-3957471&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C'est le cas dans plus de 112 villes&lt;/a&gt; parmi lesquelles Colombes, Asni&#232;res, Puteaux, Valence, Perpignan, Compi&#232;gne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple particuli&#232;rement criant, &#224; Nice, les habitant&#183;e&#183;s des quartiers populaires (Trachel, Jean Vigo, Notre-Dame, Saint-Charles, Bon Voyage, Maccario, Pasteur, Las Palmas et des Moulins) se sont vu imposer un cadre juridique plus r&#233;pressif, avec un rallongement du couvre-feu de 2 heures suppl&#233;mentaires. Ce cadre l&#233;gal s&#233;gr&#233;gationniste, valid&#233; par le tribunal administratif de Nice, s'inscrit dans la g&#233;n&#233;alogie coloniale fran&#231;aise et n'est pas sans rappeler le couvre-feu d'octobre 1961 mis en place par le pr&#233;fet de police Maurice Papon s'appliquant aux seul.es Alg&#233;rien&#183;ne&#183;s de la r&#233;gion parisienne, d&#233;bouchant sur le massacre policier de plus d'une centaine de manifestant&#183;e&#183;s le 17 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/carte_realisee_pour_le_second_rapport_de_l_observatoire_de_l_etat_d_urgence_sanitaire.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH245/carte_realisee_pour_le_second_rapport_de_l_observatoire_de_l_etat_d_urgence_sanitaire-d17af.webp?1664966034' width='500' height='245' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Carte r&#233;alis&#233;e pour le second rapport de l'Observatoire de l'&#233;tat d'urgence sanitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode est &#233;galement marqu&#233;e par une continuit&#233; dans les violences polici&#232;res qui s'abattent principalement sur des corps non blancs, pr&#233;caires, et des quartiers populaires. L'&#233;tat d'urgence sanitaire donne &#224; voir un &#233;largissement du spectre de l'arbitraire policier en mati&#232;re de violence physique. De nombreuses femmes ont ainsi subi des interpellations, plaquages ventraux, coups, et d&#233;charges de tasers. &lt;a href=&#034;https://twitter.com/TaoualitAmar/status/1240233382916825090?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1240233382916825090&amp;ref_url=https%3A%2F%2Fwww.20minutes.fr%2Fsociete%2F2743155-20200318-coronavirus-femme-interpellee-parce-attestation-sortie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comme &#224; Ch&#226;teau-Rouge en d&#233;but du confinement&lt;/a&gt;, ou &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Urgence.notre.police.assassine/videos/177820163279713/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comme en t&#233;moigne cette vid&#233;o film&#233;e &#224; Dammarie-les-Lys la nuit du 18 au 19 avril&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le 8 avril et le 9 mai, 9 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es par la police fran&#231;aise au nom de la lutte contre le virus. Le 8 avril, Mohamed Helmi Gasbi, 33 ans est tu&#233; &#224; la suite de son interpellation dans les rues de B&#233;ziers. Arr&#234;t&#233; pour cause de non-respect du confinement, alors m&#234;me qu'il vivait &#224; la rue, il d&#233;c&#232;de des suites de la technique d'interpellation du placage ventral qui rappelle le meurtre de Lamine Dieng en 2007.&lt;a href=&#034;https://www.lavoixdunord.fr/739028/article/2020-04-10/un-mort-et-un-homme-entre-la-vie-et-la-mort-apres-une-perte-de-controle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 10 avril, un homme meurt dans un accident de voiture &#224; Estourmel&lt;/a&gt; apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pris en chasse par la police tandis que le passager du v&#233;hicule est toujours entre la vie et la mort. Le m&#234;me jour, &lt;a href=&#034;https://www.nantes-revoltee.com/angouleme-mort-dun-jeune-de-28-ans-poursuivi-par-la-police/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; Angoul&#234;me, Boris trouve la mort en sautant dans la Charente&lt;/a&gt; apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pourchass&#233; par une voiture de police. Dans la nuit du 14 au 15 avril, un sexag&#233;naire meurt en garde &#224; vue au commissariat de Rouen. D'apr&#232;s la version polici&#232;re, il aurait &#233;t&#233; victime d'un &#171; malaise &#187; et n'aurait pas surv&#233;cu malgr&#233; des tentatives de r&#233;animation. Le 15 avril, un homme, &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/la-courneuve-93120/homme-abattu-par-la-police-la-courneuve-les-trois-agents-ont-ete-entendus-par-l-igpn-6810749&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;demandeur d'asile afghan, meurt abattu de trois balles dans le corps par trois policiers au parc de La Courneuve.&lt;/a&gt; Dans la nuit du 27 au 28 avril, &lt;a href=&#034;https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/clermont-ferrand-un-conducteur-de-14-ans-se-tue-en-fuyant-la-police-7800452543&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un jeune de 14 ans meurt dans un accident de voiture apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pourchass&#233; par la police&lt;/a&gt;. Le passager, un ami de la victime &#226;g&#233; de 16 ans, est encore dans un &#233;tat grave. Dans la nuit du 28 au 29 avril, &lt;a href=&#034;https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/tarn/albi/homme-43-ans-meurt-pleine-nuit-cellule-degrisement-au-commissariat-albi-tarn-1822708.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un homme de 43 ans meurt dans une cellule de d&#233;grisement du commissariat d'Albi&lt;/a&gt; o&#249; il avait &#233;t&#233; plac&#233; quelques heures plus t&#244;t. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, &lt;a href=&#034;https://desarmons.net/2020/05/03/romain-mort-en-cellule-a-saint-denis-dans-la-nuit-du-1er-mai-2020/?fbclid=IwAR1eTL5csKg6qHIooB93uGu0BNLeZ9qQ2JD8Sd4cgyZXzONWNgHHgODbpSU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Romain, 30 ans, meurt dans une cellule de d&#233;grisement du commissariat de Saint-Denis&lt;/a&gt;. Le 7 mai, un homme meurt dans le quartier de la Villeneuve &#224; Grenoble, chutant du 13e &#233;tage d'un immeuble en tentant d'&#233;chapper &#224; des policiers de la BST.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le taux de meurtres policiers &#233;voluait entre 10 et 15 par an il y a encore 5 ans, il est pass&#233; &#224; un chiffre compris entre 25 et 35 morts par an. Les victimes sont toujours, presque exclusivement, des prol&#233;taires non blancs. &#192; l'heure o&#249; ce rapport est r&#233;dig&#233;, soit deux mois apr&#232;s le d&#233;but de l'&#201;tat d'urgence sanitaire, 11 personnes sont mortes en lien avec l'activit&#233; polici&#232;re : c'est un saut d'&#233;chelle, l'&#233;quivalent de la productivit&#233; meurtri&#232;re de la police sur une ann&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les versions polici&#232;res sont &#224; nouveau l'apanage du champ m&#233;diatique. Dans ce contexte, il convient de rappeler que les mises &#224; mort en garde-&#224;-vue et les crimes li&#233;s &#224; la prise en chasse de corps opprim&#233;s font partie int&#233;grante du r&#233;pertoire d'action r&#233;pressif habituel de l'&#201;tat. Nous rappelons &#233;galement que la criminalisation des victimes et les poursuites p&#233;nales sont syst&#233;matiques et participent d'une m&#234;me logique de d&#233;l&#233;gitimation des r&#233;sistances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, des sc&#232;nes de violences polici&#232;res ont &#233;t&#233; recens&#233;es dans de nombreuses villes en France. &#192; Compi&#232;gne, &lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/oise-60/confinement-arrete-dans-l-oise-sans-attestation-il-porte-plainte-pour-violences-et-racisme-21-04-2020-8303433.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean Uriel Agbalika est frapp&#233;, insult&#233; et menott&#233; lors d'un contr&#244;le d'attestation&lt;/a&gt; particuli&#232;rement violent. &#192; Toulouse &#8211; o&#249; des jeunes se font r&#233;guli&#232;rement coincer par des policiers dans des blocs et subissent des menaces de mort &#8211; un jeune se fait tabasser le 22 avril par la police municipale &#224; la Cit&#233; Madrid en tentant d'&#233;chapper &#224; un contr&#244;le. Il s'&#233;vanouit de douleur au commissariat. En comparution imm&#233;diate, il &#233;cope d'une lourde amende et d'une peine de prison avec sursis pour outrage, r&#233;bellion et violence. Dans la nuit du 24 au 25 avril, Olivier, la cinquantaine, se fait tabasser par une brigade de police. Il subit des coups de museli&#232;re lui faisant perdre des dents tandis que les chiens policiers lui laissent des traces de morsures sur les mollets et les avant-bras. &lt;a href=&#034;https://www.huffingtonpost.fr/entry/toulouse-lhomme-interpelle-avec-des-coups-de-museliere-mis-en-examen-et-ecroue_fr_5eaacdfbc5b6efb0d33cedb6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; la suite de son interpellation, il est plac&#233; en garde-&#224;-vue et poursuiv&lt;/a&gt;i pour &#171; violences avec arme, menaces de mort, violences sur personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique, r&#233;bellion, port et d&#233;tention d'arme de cat&#233;gorie C, administration de substances nuisibles &#187;. Le 1er mai, dans le quartier de la Reynerie, Fefe et Zack, &#226;g&#233;s de 16 et 17 ans, ont &#233;t&#233; frapp&#233;s par six policiers. Dans les environs de 23h, ils prennent la fuite lors d'un contr&#244;le.&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Violences-policieres-a-la-Reynerie-Ils-m-ont-dit-on-va-t-arracher-la-tete-temoigne-un-jeune&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Zack est plaqu&#233; au sol et se fait casser le nez apr&#232;s avoir re&#231;u de nombreux coups tandis que Fefe subit des menaces de mort&lt;/a&gt; : &#171; sale arabe, on va t'arracher la t&#234;te &#187;. Dans la nuit du 25 au 26 avril &#224; L'ile-Saint-Denis, un jeune homme est poursuivi par la police de Villeneuve-la-Garenne et saute dans la Seine pour leur &#233;chapper. Il est interpel&#233; puis tabass&#233; dans le v&#233;hicule de la brigade, sous les rires des forces de l'ordre, faisant all&#232;grement r&#233;f&#233;rence au massacre policier du 17 octobre 1961 : &#171; Un bicot comme &#231;a, &#231;a nage pas &#187;, &#171; &#199;a coule, tu aurais d&#251; lui accrocher un boulet au pied &#187;. &#192; nouveau, la modernisation des r&#233;gimes racistes et coloniaux de l'&#201;tat fran&#231;ais est explicite, assum&#233;e fi&#232;rement par les forces de l'ordre.L'impunit&#233; polici&#232;re est totale, largement ressentie et int&#233;gr&#233;e par l'ensemble de leurs membres. Dans la nuit du 14 avril 2020 au 15 avril 2020, un policier en civil a tir&#233; sur son voisin apr&#232;s s'&#234;tre mis en sc&#232;ne sur Snapchat : &#171; Je me rends chez mon voisin d'en dessous qui fait du tapage. Il m'invite &#224; descendre ce sale fils de pute. J'y vais. &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/seine-saint-denis-le-policier-se-met-en-scene-sur-snapchat-avant-et-apres-avoir-tire-sur-son-voisin-17-04-2020-8301603.php?utm_campaign=twitter_partage&amp;utm_medium=social&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;suivi d'un clich&#233; montrant les t&#226;ches de sang sur le sol accompagn&#233; d'un message gla&#231;ant&lt;/a&gt; : &#171; J'ai tir&#233; &#187;. Le 16 avril, en Corse du Sud, un agent des douanes tire en l'air avec une arme, &#171; exc&#233;d&#233; par le bruit fait par sa voisine &#187; pendant les applaudissements de 20h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 18 au 19 avril a &#233;t&#233; un moment de cristallisation de violence d'&#201;tat particuli&#232;rement important. &#192; Dammarie-les-Lys, des policiers de la BAC giflent une femme menott&#233;e puis &#233;crasent les parties g&#233;nitales d'un homme menott&#233; &#224; terre. &#192; Toulouse, dans le quartier de Bellefontaine, une voiture de police prend en chasse un v&#233;hicule et percute frontalement un automobiliste qui venait de face, n'ayant rien &#224; voir avec l'intervention polici&#232;re. Selon un t&#233;moignage, l'homme serait sorti du v&#233;hicule en boitant, se plaignant de maux de t&#234;tes. Un constat aurait &#233;t&#233; &#233;tabli de mani&#232;re exp&#233;ditive, puis l'homme aurait &#233;t&#233; incit&#233; par les policiers &#224; rentrer rapidement chez lui sans se rendre &#224; l'h&#244;pital. Au m&#234;me moment, dans le quartier de la Reynerie, aux alentours de 22h, un jeune s'est fait tabasser par deux policiers. Il sera laiss&#233; en sang sur le bord de la route, l'arcade sourcili&#232;re ouverte. Le m&#234;me soir, dans la ville de Villeneuve-la-Garenne, des policiers stationn&#233;s dans une voiture banalis&#233;e mettent un coup de porti&#232;re &#224; Mouldi C., 30 ans, qui circulait &#224; moto. Il est alors projet&#233; contre un poteau et subit une grave blessure &#224; la jambe le contraignant &#224; 3 mois d'ITT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hagra g&#233;n&#233;rale et syst&#233;matique donne lieu &#224; plusieurs nuits cons&#233;cutives de soul&#232;vements dans des dizaines de quartiers populaires. M&#234;me si Toulouse et Villeneuve constituent les &#233;picentres des r&#233;voltes, des actions de r&#233;sistance sont organis&#233;es dans pr&#232;s de 22 villes d&#232;s le 19 avril : Gennevilliers, Mulhouse, Aulnay, Villepinte, La Courneuve, Bordeaux, Lille et ses alentours&#8230; S'ensuivront plusieurs nuits cons&#233;cutives de r&#233;voltes populaires, se diffusant de mani&#232;re diff&#233;renci&#233;e dans l'espace m&#233;tropolitain tout en mobilisant un r&#233;pertoire d'action sp&#233;cifique et r&#233;current : utilisation de mortiers, projections de feux d'artifice, contre-attaques en petits groupes organis&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tablissement d'une g&#233;n&#233;alogie de la violence permet d'analyser ces soul&#232;vements et de les l&#233;gitimer. Dans Les Damn&#233;s de la Terre, Frantz Fanon d&#233;veloppe l'id&#233;e selon laquelle l'exploitation des colonis&#233;&#183;e&#183;s par l'&#201;tat n'est rien d'autre qu'une violence perp&#233;tuelle. Par ailleurs, il consid&#232;re que dans les territoires colonis&#233;s, les gendarmes et les soldats en tant qu'interm&#233;diaires du pouvoir colonial n'utilisent qu'un langage, celui de la pure violence. Une analogie peut &#233;videmment &#234;tre faite avec ce que connaissent les habitant&#183;e&#183;s des quartiers populaires, comme en t&#233;moigne la tribune &lt;a href=&#034;https://www.bondyblog.fr/societe/police-justice/la-colere-des-quartiers-populaires-est-legitime/?fbclid=IwAR0dyN4PaSyAn564bVke0pWxvTk7Hmr7038fmhV_iMjzQp109LzMyJE7ymQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La col&#232;re des quartiers populaires est l&#233;gitime&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de souligner que ces r&#233;voltes ne constituent pas une rupture avec les formes d'autod&#233;fense mises en place jusqu'alors dans les quartiers populaires. &#192; ce titre, entre le 12 et le 19 avril,&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/les-violences-contre-la-police-se-multiplient-dans-les-cites-20200419&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des r&#233;voltes ou des actions directes contre la police&lt;/a&gt; de diff&#233;rentes importances &#8211; moins m&#233;diatis&#233;es &#8211; surviennent au Havre, &#224; &#201;vreux, Bordeaux, Villiers-sur-Marne, Mantes-la-Jolie, Chanteloup-les-Vignes, Villeneuve-la-Garenne, La Courneuve, Trappes, Grigny&#8230; Apr&#232;s un peu plus d'une semaine de moments de luttes plus localis&#233;es, diffuses dans le temps et l'espace, &lt;a href=&#034;https://www.leparisien.fr/amp/yvelines-78/yvelines-les-policiers-de-nouveau-pris-pour-cible-03-05-2020-8309826.php?__twitter_impression=true&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des r&#233;voltes ont repris de mani&#232;re apparemment plus synchronis&#233;e au cours des derniers jours&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers ces r&#233;voltes, le probl&#232;me des images se reformule. La multiplication de l'emploi des feux d'artifices, notamment &#224; travers des tactiques de petits groupes par la &#171; g&#233;n&#233;ration Call of Duty &#187; puis leur diffusion sur les r&#233;seaux sociaux, d&#233;ploie une esth&#233;tique &#224; double tranchant. Le spectacle de l'&#233;meute n'incite pas &#224; se m&#233;fier de la f&#233;tichisation du geste insurrectionnel. Dans l'ombre du riot porn, la r&#233;pression est en marche et a commenc&#233; &#224; frapper. D'abord par la fermeture de nombreux comptes Insta, Snap et Twitter diffusant le #mortauxporcs et des informations li&#233;es aux r&#233;voltes contre la police, ensuite par l'&#233;pluchage de ces m&#234;mes r&#233;seaux et la r&#233;cup&#233;ration de &#171; renseignements &#187; (empreintes, ADN, &#171; informateurs civils &#187;&#8230;) pour enfin lancer de premi&#232;res arrestations. On peut sans doute s'attendre &#224; d'autres vagues de perquisitions, et loin des projecteurs et des applications, il faudra organiser la solidarit&#233;. D'autre part, film&#233;es sous tous les angles et largement partag&#233;es durant la premi&#232;re s&#233;quence des r&#233;voltes d'avril, les vid&#233;os ont globalement disparu apr&#232;s les premiers jours. On sait aussi que la pr&#233;sence de journalistes ind&#233;pendants pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme bienveillants est devenue probl&#233;matique pour certains groupes agissant dans la rue, g&#234;n&#233;s et menac&#233;s par les images et la proximit&#233; de ces journalistes. Ces groupes ont ainsi r&#233;agi au &#171; probl&#232;me des images &#187; en essayant d'emp&#234;cher les images. Les pratiques de solidarit&#233; devraient au moins partir de ces conclusions tir&#233;es par les forces combattantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les formes d'auto-organisation et d'autod&#233;fense qui se d&#233;ploient dans les quartiers populaires en r&#233;ponse aux violences d'&#201;tat ne sauraient se r&#233;sumer aux r&#233;voltes. &#192; Toulouse dans le quartier des Izards, une chorba populaire est organis&#233;e en p&#233;riode de Ramadan par le restaurant Peppers et les associations Izards Attitude et JCETT (Journ&#233;es Culturelles et &#201;conomiques de la Tunisie &#224; Toulouse), qui &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/events/564369767519504/564369837519497/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont distribu&#233; plus de 400 repas &#224; des familles dans le besoin&lt;/a&gt; tout en cr&#233;ant des liens de solidarit&#233;. Des distributions alimentaires sont &#233;galement mises en place &#224; la maison de quartier de Bellefontaine et un ftour solidaire est organis&#233; &#224; la maison de quartier de Bagatelle. &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/aideauxdevoirsvirtuelletoulouse/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un dispositif d'aide aux devoirs &#224; distance est mis en place par le Comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 31&lt;/a&gt; depuis le d&#233;but du confinement, avec des m&#232;res de famille de quartiers populaires. Dans cette m&#234;me logique, des &lt;a href=&#034;https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=131795838465078&amp;id=110730120571650&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Brigades d'&#201;ducation Populaires&lt;/a&gt; se sont mont&#233;es un peu partout en France. Dans le quartier d'Arnaud Bernard, un Centre d'Autod&#233;fense Sanitaire et Alimentaire s'est constitu&#233; dans le droit fil du r&#233;seau des &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/BrigadesSolidaritePopulaire/?ref=bookmarks&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Brigades de Solidarit&#233; Populaire&lt;/a&gt; qui ont vu le jour dans de nombreuses villes (Nantes, Paris, Troyes, Gen&#232;ve, Lille, Li&#232;ge, St &#201;tienne, Marseille, Lyon, Bruxelles&#8230;).&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/comiteVeriteJustice31/photos/a.1342037015881124/2896290107122466/?type=3&amp;theater&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un groupe d'avocat&#183;e&#183;s&lt;/a&gt; s'est constitu&#233; &#224; Toulouse afin de soutenir les habitant.es de quartiers populaires face &#224; la r&#233;pression et aux difficult&#233;s dans l'acc&#232;s au droit en p&#233;riode de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur Paris, plusieurs initiatives de d&#233;nonciations des violences polici&#232;res sont n&#233;es. UNPA a ainsi mis en ligne&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/Urgence.notre.police.assassine/videos/les-familles-les-militants-et-artistes-appellent-%C3%A0-t%C3%A9l%C3%A9charger-lapplication-uvp-/653784495354260/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une application&lt;/a&gt; permettant de filmer les policiers et de s&#233;curiser les images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Echo des banlieues, Booska-P, Rap&#233;lite, Yard et Streetpress se sont coordonn&#233;s pour mettre en place &lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/surecoute17/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une messagerie vocale&lt;/a&gt; permettant de recueillir et publier des t&#233;moignages de violences polici&#232;res, nomm&#233;e &#171; Sur &#201;coute &#187;. Enfin, Le collectif D&#233;sarmons-les a mis en place&lt;a href=&#034;https://desarmons.net/equipe-davocates-engagees-sur-les-dossiers-de-violences-policieres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une &#233;quipe d'avocat&#183;e&#183;s&lt;/a&gt; afin de proposer aux proches de victimes de violences polici&#232;res la garantie d'&#234;tre accompagn&#233;&#183;e&#183;s et conseill&#233;&#183;e&#183;s. Les Brigades de Solidarit&#233;s Populaire ont d&#233;ploy&#233; plus de 700 b&#233;n&#233;voles sur la r&#233;gion parisienne pour venir en aider aux plus d&#233;muni&#183;e&#183;s et mettre en place une solidarit&#233; de classe effective. Beaucoup d'autres solidarit&#233;s ont &#233;t&#233; mises en place dans les quartiers populaires, comme T&#234;tes Gr&#234;l&#233;es, Covid Entraide, ainsi que de nombreuses initiatives de solidarit&#233; alimentaires autour du ramadan par des mosqu&#233;es et d'autres centres religieux&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, face aux violences d'&#201;tat, des formes d'auto-organisation et d'autod&#233;fense sont d&#233;ploy&#233;es par les damn&#233;&#183;e&#183;s de la terre, qui prennent en main leur survie et se r&#233;approprient la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quartiers populaires ont repris en premier l'usage de l'action directe face &#224; la police. Mais l'&#201;tat pr&#233;pare d&#233;j&#224; les offensives &#224; venir pour maintenir l'ordre dans le &#171; d&#233;confinement &#187;, c'est-&#224;-dire pour mettre en oeuvre les moyens r&#233;pressifs charg&#233;s d'encadrer le capitalisme de post-confinement. Dans la droite ligne de la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale et s&#233;curitaire qui a engendr&#233; l'&#233;tat d'urgence sanitaire, c'est un investissement massif dans les secteurs de &#171; la d&#233;fense et de la s&#233;curit&#233; &#187; qui s'annonce garant de la &#171; relance de la croissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction de liens &#224; travers l'enqu&#234;te et des pratiques de solidarit&#233; face aux violences d'&#201;tat dans les quartiers constitue une base quotidienne d'organisation. &#192; partir de l&#224;, il s'agit de pouvoir corriger le plus rapidement possible le rapport de forces face &#224; l'&#201;tat dans la rue, c'est-&#224;-dire de doter les r&#233;sistances populaires de capacit&#233;s d'auto-d&#233;fense et de confrontation face &#224; la police ainsi que de mettre en place des moyens concrets pour d&#233;fendre la l&#233;gitimit&#233; des r&#233;voltes, soutenir les r&#233;volt&#233;s, les victimes de la r&#233;pression et leurs proches, et construire la critique de la police en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/3.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH281/3-badc9.webp?1664966034' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DANS LES FOYERS D'IMMIGR&#201;.E.S&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me moment de l'auto-enqu&#234;te pour les Gilets Noirs : contre les gestionnaires, autod&#233;fense sanitaire, des papiers pour la dignit&#233; et la libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades en lutte dans les foyers ont, entre eux, organis&#233; la solidarit&#233; et n'ont rien attendu de l'&#201;tat ou des gestionnaires (les associations ou entreprises qui g&#232;rent les foyers o&#249; les immigr&#233;s vivent, comme Adoma, Coallia ou ADEF). La d&#233;fense se fait d&#233;j&#224; en enqu&#234;tant : c'est-&#224;-dire tout simplement, en discutant collectivement autant que possible par des groupes Whatsapp, pendant les ravitaillements et les moments collectifs du ftour par exemple, en traduisant dans les langues parl&#233;es dans le mouvement, en se transmettant l'information dans le foyer, et entre les foyers par t&#233;l&#233;phone. Quand nous nous transmettons les informations, nous nous connaissons collectivement et nous pouvons mettre en commun nos peurs, nos probl&#232;mes, mais aussi nos courages et nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la transmission de l'information et l'organisation de la solidarit&#233; entres les foyers, les Gilets Noirs se d&#233;fendent contre la r&#233;pression des gestionnaires, qui sont apparus dans les discussions de tous comme les ennemis principaux durant la p&#233;riode du confinement. En effet, les gestionnaires faisant le travail policier &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des foyers, les patrons et les flics apparaissent comme ennemis de second plan en ce moment, m&#234;me si les flics continuent leur sale travail routinier dans les rues. Confin&#233;e, la lutte se fait au corps-&#224;-corps, &#171; &#224; domicile &#187;, dans le lieu de vie qu'est le foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports de force internes au foyer sont exacerb&#233;s par la p&#233;riode, et les gestionnaires produisent et alimentent les fractures. Dans un foyer, il y a les g&#233;rants, salari&#233;s des gestionnaires. Ils viennent donner les ordres et encaisser les loyers. Il y a aussi les d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus ou choisis par les r&#233;sidents &#171; officiels &#187; pour les repr&#233;senter. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont les interm&#233;diaires entre les &#171; r&#233;sidents &#187; et les gestionnaires et ont un r&#244;le central dans les foyers par leur position. Il y a les r&#233;sidents &#171; officiels &#187; et puis les camarades qui composent le mouvement des Gilets Noirs en majorit&#233;, &#171; les &#171; sans-papiers &#187;, h&#233;berg&#233;s par leurs amis, leur famille ou leurs camarades, que les gestionnaires appellent les &#171; sur-occupants &#187;. Les gestionnaires, en bons policiers, mettent la pression aux r&#233;sidents concernant le loyer. Dans certains foyers, quand des camarades ont eu la force d'aller confronter les gestionnaires, la r&#233;ponse &#233;tait une menace : &#171; Si vous ne payez pas vous aurez une dette. On sera oblig&#233; de couper l'eau et l'&#233;lectricit&#233; ! &#187;. Dans un foyer, il y a quelques jours, il y a eu une inondation &#224; cause d'une chaudi&#232;re mal r&#233;gl&#233;e : les gestionnaires, au lieu d'assumer leur responsabilit&#233;, ont rejet&#233; la faute sur les &#171; sur-occupants &#187;. Dans plusieurs foyers d&#233;j&#224;, les gestionnaires pr&#233;textent l'urgence sanitaire pour entrer dans les chambres et cherchent, &#224; s&#233;parer les fils des p&#232;res, comme nous l'avons expliqu&#233; dans notre texte &lt;a href=&#034;https://acta.zone/autodefense-immigree-seule-la-lutte-donnera-les-papiers/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Autod&#233;fense immigr&#233;e : seule la lutte donne les papiers &#187;.&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arriv&#233;e de m&#233;decins pour faire un d&#233;pistage est per&#231;ue avec inqui&#233;tude par les sans-papiers, qui n'ont parfois aucune couverture maladie et ont peur des rapports que l'ARS ou les m&#233;decins pourraient faire au gestionnaire. La plupart des d&#233;pistages sont ordonn&#233;s par les gestionnaires qui cherchent &#224; rattraper leur absence notoire dans les premi&#232;res semaines du confinement et sont munis de listes des r&#233;sidents. La campagne de d&#233;pistage sert en fait de processus de comptage o&#249; les &#233;quipes de sant&#233; collaborent, parfois malgr&#233; elles, avec les g&#233;rants dans leur travail de division et de tri. Pour avoir acc&#232;s au d&#233;pistage, les r&#233;sidents sont parfois forc&#233;s de d&#233;clarer qui ils h&#233;bergent et sont somm&#233;s de mettre &#224; la rue les &#171; sur-occupants &#187; sous trois mois. Sous couvert de lutte contre la pand&#233;mie, ces op&#233;rations de comptage, g&#233;n&#233;ralement refus&#233;es par les r&#233;sidents et les d&#233;l&#233;gu&#233;s, permettent aux gestionnaires de faire d'une pierre deux coups. D'une part, en traitant les sans-papiers de &#171; surnum&#233;raires &#187; et &#171; sur-occupants &#187;, ils organisent leur fichage dans les foyers, les forcent &#224; se cacher et &#224; ne pas revendiquer une force collective pour &#233;viter une r&#233;pression suppl&#233;mentaire. D'autre part, les gestionnaires mettent aussi la pression aux r&#233;sidents &#171; l&#233;gaux &#187; des foyers, en leur rappelant par leur pr&#233;sence que leur pratique de solidarit&#233; la plus &#233;l&#233;mentaire, celle d'h&#233;berger des membres de la famille, des amis ou des camarades sans-papiers, n'est pas pr&#233;vu dans leur contrat de r&#233;sident. Ainsi, les r&#233;sidents sont confront&#233;s &#224; la peur de s'organiser pour arr&#234;ter les paiements de loyer, pour ne pas &#171; mettre en danger les petits fr&#232;res sans-papiers &#187;, m&#234;me si ce sont ces derniers qui sont le moteur de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout cela, les Gilets Noirs r&#233;fl&#233;chissent et s'organisent pour &#224; la fois se d&#233;fendre et attaquer. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, interm&#233;diaires entre les gestionnaires et les r&#233;sidents, se positionnent et certains entrent dans la lutte aux c&#244;t&#233;s des r&#233;sidents. Ce sont dans ces circonstances que plusieurs foyers o&#249; des Gilets Noirs s'organisent ont d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter de payer le loyer et de formuler des revendications aupr&#232;s des gestionnaires. Le paiement en pr&#233;l&#232;vement automatique g&#233;n&#233;ralis&#233; dans les foyers transform&#233;s en &#171; r&#233;sidences sociales &#187; emp&#234;che une gr&#232;ve des loyers, puisque les g&#233;rants n'ont plus &#224; se d&#233;placer pour encaisser les loyers sur place. Les gestionnaires ne cherchent pas &#224; &#171; expulser tous les sur-occupants &#187; sans-papiers des foyers mais plut&#244;t &#224; les maintenir dociles et isol&#233;s, car ils forment une main d'&#339;uvre n&#233;cessaire aux patrons et &#224; l'&#201;tat. C'est la vie et l'organisation collectives qu'un foyer peut abriter qui sont toujours cibl&#233;es dans les politiques des gestionnaires. C'est bien cette vie collective que nous voulons d&#233;fendre car elle fait partie int&#233;grante de la lutte pour les papiers, la libert&#233; et la dignit&#233;. Nous n'attendons rien d'eux et nous ne r&#233;clamons rien d'eux, nous exigeons les choses que nous formulons par et dans la lutte contre les gestionnaires, en installant le rapport de force. Les g&#233;rants sont chass&#233;s parfois, les loyers arr&#234;t&#233;s, les r&#233;sidents et les sans-papiers s'entendent et parlent aux d&#233;l&#233;gu&#233;s. Tout le monde pr&#233;pare l'apr&#232;s-confinement pour sortir encore plus fort. Alors, l'autod&#233;fense sanitaire est une &#233;tape centrale : la strat&#233;gie de communication consistant &#224; qualifier automatiquement nos foyers de &#171; bombes sanitaires &#187; est pour nous, les Gilets Noirs, dangereuse. Elle cr&#233;e une urgence et m&#234;me une forme de panique, comme si les foyers &#233;taient d'ores et d&#233;j&#224; tous des &#171; charniers &#187;, pour sommer les pr&#233;fectures, l'ARS et les gestionnaires &#171; d'intervenir &#187; pour/dans les foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est bien dans ce &#171; Faites quelque chose ! &#187; que le danger r&#233;side ! Que font habituellement les gestionnaires et les pr&#233;fectures quand il s'agit de foyers ? Ils font le tri, ils cassent les organisations collectives, transforment les foyers en &#171; r&#233;sidences sociales &#187; pour mieux individualiser les cas et d&#233;truire les moments collectifs, donc potentiellement de r&#233;sistance. Pourquoi penser que les mesures contre le covid-19 changeraient leurs objectifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le covid-19, les Gilets Noirs organisent une autod&#233;fense sanitaire, surveillent dans les foyers la sant&#233; des uns et des autres, s'&#233;changent des conseils pour bien se confiner et surveiller les signes de la maladie, se procurent des thermom&#232;tres gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233; populaire des brigades et d'autres collectifs, nettoient les parties communes et assurent des ravitaillements de produits m&#233;nagers pour les foyers o&#249; des camarades en ont besoin, pour appeler les pompiers s'il le faut, en alertant les autres camarades qui peuvent traduire et s'assurer de la proc&#233;dure si on n'a pas la CMU ou l'AME, afin de ne pas rester isol&#233; lors d'une possible prise en charge. Emp&#234;cher le covid-19 d'entrer dans les foyers, c'est &#233;viter la r&#233;pression qui peut avoir lieu d&#232;s le moment de d&#233;pistages, aux h&#244;pitaux o&#249; le racisme est omnipr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias, d&#233;put&#233;s et associations parlent beaucoup de discussions minist&#233;rielles autour d'une possible r&#233;gularisation comme en Italie ou au Portugal. Ces nouvelles sont dans toutes nos discussions. Mais attendre une possible r&#233;gularisation en &#233;tant calmes, au foyer, comme ils le voudraient, ne nous convient pas. Ils veulent nous endormir, en pr&#233;voyant pourtant d&#233;j&#224; que cette r&#233;gularisation ne serait que partielle et nous diviserait. Mais nous nous transmettons les informations, nous mettons en commun nos t&#233;moignages et nos r&#233;flexions pour pr&#233;parer ensemble la riposte et construire notre lutte. On lutte pour les papiers dans la rue et dans les b&#226;timents que nous occupons, (o&#249; nous ne sommes bienvenus habituellement qu'en tant que travailleurs esclavagis&#233;s), mais aussi dans les couloirs, les cuisines et les chambres de nos foyers !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/4.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH282/4-d51bb.webp?1664966034' width='500' height='282' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DANS LES CRA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enfermement continue dans les centres de r&#233;tention administrative (CRA). La fermeture des fronti&#232;res et l'impossibilit&#233; de d&#233;porter montrent bien que ces lieux sont avant tout des prisons pour &#233;tranger&#183;e&#183;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des effets d'annonce et de nombreuses lib&#233;rations au tout d&#233;but du confinement, l'&#201;tat n'a pas cess&#233; d'enfermer les &#233;tranger&#183;e&#183;s. Des pr&#233;fectures qui avaient annonc&#233; la fermeture de certains centres de r&#233;tention les ont ensuite rouverts en toute discr&#233;tion. Ce fut par exemple le cas pour les CRA de Lyon, de N&#238;mes et de Bordeaux. Les derniers prisonnier&#183;e&#183;s des CRA de Plaisir et de Palaiseau ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;&#183;e&#183;s au Mesnil-Amelot fin mars, o&#249; tous&#183;tes les prisonnier&#183;e&#183;s sont regroup&#233;&#183;e&#183;s dans deux b&#226;timents ; cette d&#233;cision augmente les risques de transmission du COVID-19 et permet &#224; l'&#201;tat de r&#233;duire le nombre de policiers sur le terrain. Dans les centres de r&#233;tention des colonies d'outremers, l'enfermement des personnes &#233;trang&#232;res n'a pas non plus cess&#233; : &#224; Mayotte, le CRA a rouvert, au pr&#233;texte de la mise en quarantaine des nouveaux&#183;elles arrivant&#183;e&#183;s sur l'&#238;le dont beaucoup viennent des autres &#238;les des Comores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, de nombreux CRA sont &#224; nouveau rapidement remplis par les pr&#233;fectures : des b&#226;timents ferm&#233;s rouvrent et les nouvelles r&#233;tentions sont tr&#232;s souvent valid&#233;es et prolong&#233;es par les juges des libert&#233;s et de la d&#233;tention (JLD). Comme on pouvait s'y attendre, le confinement et l'&#233;tat d'urgence sanitaire &lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/1587546077-livreurs-sans-papiers-redoutent-controles-police-coronavirus-confinement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont renforc&#233; les contr&#244;les d'identit&#233; et les arrestations racistes&lt;/a&gt;, pour beaucoup li&#233;es au travail. Comme d&#233;j&#224; avant le confinement, de nombreuses personnes sans-papiers sont &#233;galement transf&#233;r&#233;es directement des prisons aux CRA. Pendant le confinement, un certain nombre de personnes, souvent des femmes, ont &#233;t&#233; laiss&#233;es seules dans des CRA, isol&#233;es de l'ext&#233;rieur et &#224; la merci des flics. Dans la plupart des CRA, les prisonnier&#183;e&#183;s qui je&#251;nent durant le Ramadan ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;&#183;e&#183;s des autres. Les d&#233;portations &#171; europ&#233;ennes &#187; n'ont pas &#233;t&#233; interrompues : mercredi 29 avril diff&#233;rentes pr&#233;fectures ont mis en &#339;uvre l'expulsion d'une cinquantaine de personnes enferm&#233;es dans les prisons du Mesnil-Amelot, de Lille-Lesquin et de Toulouse (au moins) vers la Roumanie et l'Albanie dans des avions sp&#233;cialement affr&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en temps &#171; normal &#187;, les refus de soins sont syst&#233;matiques dans les CRA : certain&#183;e&#183;s prisonnier&#183;e&#183;s voient leurs traitements interrompus, celleux qui tombent malade n'ont jamais acc&#232;s aux m&#233;dicaments, etc. Les ruptures de traitement constituent une peine suppl&#233;mentaire. Dans le contexte de la pand&#233;mie, l'&#201;tat a d&#233;lib&#233;r&#233;ment fait prendre aux prisonnier&#183;e&#183;s le risque de mourir en continuant &#224; enfermer de nouvelles personnes chaque jour, souvent &#224; plusieurs par cellules, dans des conditions insalubres, et en acceptant le risque que les flics puissent les contaminer. &#192; ce jour, dans au moins trois CRA (Lille, Oissel et Vincennes),&lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/ya-pas-de-securite-ya-rien-du-tout-contamination-isolement-et-refus-de-soin-a-vincennes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;des prisonniers ont &#233;t&#233; identifi&#233;s comme contamin&#233;s et isol&#233;s tr&#232;s tardivement&lt;/a&gt; des autres r&#233;sidents en &#233;tant plac&#233;s au mitard, sans traitement, et quasiment jamais transf&#233;r&#233;s &#224; l'h&#244;pital. Fin mars, des prisonniers se sont organis&#233;s et ont d&#233;but&#233; des gr&#232;ves de la faim au CRA de Vincennes pour protester contre la situation sanitaire. Depuis, le b&#226;timent 1 a ferm&#233;, les prisonniers sont concentr&#233;s dans les b&#226;timents 2A et 2B, o&#249;, le 9 avril, des cas de COVID-19 ont &#233;t&#233; confirm&#233;s. Les flics, plut&#244;t que d'emmener les prisonniers malades &#224; l'h&#244;pital, les ont emmen&#233;s &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril dans la matin&#233;e, les prisonniers ont tent&#233; de mettre le feu &#224; une partie du CRA. Ils ont ensuite affront&#233; les flics pour exiger qu'un des leurs soit emmen&#233; &#224; l'h&#244;pital. Alors qu'il pr&#233;sentait des sympt&#244;mes s&#233;v&#232;res du virus, ceux-ci ont refus&#233; d'appeler une ambulance. &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/ya-pas-de-test-pour-le-corona-ya-rien-du-tout/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les prisonniers ont finalement obtenu aux alentours de minuit qu'il soit transport&#233; &#224; l'h&#244;pital&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 avril, &#224; la suite d'un r&#233;f&#233;r&#233; libert&#233; fait par des associations, le tribunal administratif de Paris a pris une d&#233;cision l&#226;che et ambig&#252;e, puisqu'au lieu de fermer le centre, il a seulement interdit les nouveaux placements en r&#233;tention dans celui-ci. Le tribunal demande aussi, pour les prisonniers qui seraient test&#233;s positifs au COVID-19, de &#171; les isoler et les confiner tout en maintenant leur acc&#232;s aux soins n&#233;cessaires &#224; leur &#233;tat de sant&#233; &#187;. L'administration a mis des masques &#224; disposition des prisonnier&#183;e&#183;s, ce qui a &#233;videmment &#233;t&#233; pris comme une insulte puisque la plupart des prisonnier&#183;e&#183;s avaient d&#233;j&#224; pu &#234;tre contamin&#233;&#183;e&#183;s entre temps et qu'il s'agissait avant tout d'une mesure pour prot&#233;ger les flics et calmer leurs syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/avec-ou-sans-virus-refuser-les-soins-cest-condamner-a-mort-appel-a-la-solidarite-pour-un-prisonnier-du-mesnil-amelot/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un exemple marquant de la rupture de soins syst&#233;matique&lt;/a&gt; concerne un prisonnier lib&#233;r&#233; de prison pour &#234;tre op&#233;r&#233;, puis transf&#233;r&#233; au CRA du Mesnil-Amelot o&#249; son traitement a &#233;t&#233; suspendu. Ce prisonnier a d&#233;but&#233; une gr&#232;ve de la faim autour du 20 avril et, &#224; la suite d'un malaise, s'est retrouv&#233; forc&#233; de s'alimenter par les flics et les m&#233;decins. Le jeudi 30 avril, les prisonniers ont br&#251;l&#233; plusieurs cellules dans le b&#226;timent 11 en solidarit&#233; avec le prisonnier malade. A la suite de cet incendie, un prisonnier a &#233;t&#233; accus&#233; par la police aux fronti&#232;res (PAF, qui garde le CRA) et plac&#233; &#224; l'isolement, puis le lendemain trois personnes ont &#233;t&#233; emmen&#233;es en garde &#224; vue. Deux d'entre elles on &#233;t&#233; enferm&#233;es &#224; nouveau au CRA et la troisi&#232;me a s&#251;rement &#233;t&#233; jug&#233;e en comparution imm&#233;diate, mais nous n'avons pas eu de nouvelles depuis. &#192; la suite de cet &#233;v&#233;nement, les prisonniers ont &#233;t&#233; regroup&#233;s dans un m&#234;me b&#226;timent, se retrouvant jusqu'&#224; quatre par chambre. Le 3 mai, une cellule du b&#226;timent 10 a &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e par les prisonniers. Cette fois-ci, impossible pour les flics de les d&#233;placer ; ils ont donc dormi dans des chambres encore pleines de cendres. Par ailleurs, depuis plusieurs jours des prisonniers de ce CRA se plaignent r&#233;guli&#232;rement d'effets &#171; &#233;tranges &#187; apr&#232;s les repas : fatigues intenses, langue s&#232;che. Leurs compagnes nous ont racont&#233; qu'ils dorment l'apr&#232;s-midi enti&#232;re contrairement &#224; leurs habitudes et qu'ils ont la voix p&#226;teuse au t&#233;l&#233;phone. Ils d&#233;noncent l'utilisation de m&#233;dicaments dans la nourriture pour les endormir et les emp&#234;cher de se r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours au Mesnil-Amelot, dans la nuit du 11 au 12 avril, la cour de promenade a &#233;t&#233; bloqu&#233;e par les prisonnier&#183;e&#183;s. Les grad&#233;s et la direction du CRA ont essay&#233; de les faire remonter dans leurs cellules, mais ils ont refus&#233; et ont pass&#233; la nuit dehors. Dans la matin&#233;e du 12 avril, des CRS sont venus en renfort en plus des flics anti-&#233;meute d&#233;j&#224; pr&#233;sents. Une partie des prisonniers s'est fait tabasser pendant que les flics ont lanc&#233; une fouille g&#233;n&#233;ral des b&#226;timents et confisqu&#233; des t&#233;l&#233;phones. Les CRS ont ensuite ramen&#233; de force les prisonniers dans leurs cellules &#224; l'exception de huit personnes qui ont &#233;t&#233; interpell&#233;es puis transf&#233;r&#233;es dans d'autres CRA : cinq &#224; Lille Lesquin et trois &#224; Oissel (Rouen).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les prisonniers qui ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;s &#224; Lille, la r&#233;pression continue : ils ont &#233;t&#233; isol&#233;s des autres prisonniers et plac&#233;s dans une zone du CRA ouverte pour l'occasion. Lorsque, le dimanche 12 avril, les trois prisonniers du Mesnil-Amelot sont arriv&#233;s &#224; Oissel apr&#232;s un transfert violent, les 13 prisonniers du CRA &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/jai-parle-a-toutes-les-personnes-on-va-faire-la-greve-de-la-faim-ce-soir-on-mange-pas-pas-de-violence-mais-on-va-prendre-les-couettes-et-les-mettre-dehors-greve-de-la-faim-en-cours-de/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont d&#233;but&#233; une gr&#232;ve de la faim&lt;/a&gt;. Les trois prisonniers transf&#233;r&#233;s ont alors rejoint la lutte en cours. Ils n'ont pas pu r&#233;cup&#233;rer leurs affaires et leurs papiers que les flics de la PAF ont laiss&#233; au Mesnil-Amelot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lille, d&#233;but mai, plus de 45 personnes &#233;taient toujours enferm&#233;es ; &#224; la suite d'une action men&#233;e le 27 avril dans le b&#226;timent B pour protester contre les conditions pendant le Ramadan, trois personnes ont &#233;t&#233; identifi&#233;es comme les leaders de la r&#233;volte, et l'une d'elles a &#233;t&#233; emmen&#233;e &#224; l'isolement et tabass&#233;e pendant la nuit. Le lendemain matin, tr&#232;s t&#244;t, toutes les trois ont &#233;t&#233; r&#233;veill&#233;es, menott&#233;es et transf&#233;r&#233;es &#224; Metz &#8211; le CRA est quasiment vide depuis le d&#233;but du confinement. &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/on-va-faire-un-tour-de-france-gratuit-des-cra-tant-que-ca-ne-sameliorera-pas-revoltes-au-cra-de-lille-et-transferts-au-cra-de-metz/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une quatri&#232;me personne a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e de la m&#234;me mani&#232;re&lt;/a&gt;, parce qu'il &#171; restait une place &#187;, et parce qu'elle aurait &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir menti &#224; l'un des policiers. &#192; travers ces exemples de r&#233;voltes et de r&#233;pressions nous voyons bien&lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/des-revoltes-de-prisonniers-eclatent-dans-plusieurs-cra-suivi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la strat&#233;gie de transf&#233;rer les prisonnier&#183;e&#183;s de CRA en CRA&lt;/a&gt; pour casser les r&#233;voltes et les solidarit&#233;s et punir celles et ceux qui protestent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation exceptionnelle ne fait donc qu'exacerber les violences syst&#233;miques et quotidiennes qui constituent le syst&#232;me d'enfermement pour &#233;tranger&#183;e&#183;s. Les m&#233;dias ne se sont int&#233;ress&#233;s aux CRA que pour &#233;voquer les dites &#171; &#233;chauffour&#233;es &#187; avec les flics. Pire que &#231;a, ils accentuent parfois le danger pour les prisonniers qui se r&#233;voltent : plusieurs journalistes (y compris &#171; militants &#187;) ont publi&#233; des t&#233;moignages audios des prisonniers et des articles avec leur pr&#233;nom, sans aucune consid&#233;ration des risques de r&#233;pression. Si beaucoup d'associations et de politicien&#183;ne&#183;s ont demand&#233; la fermeture des CRA durant le confinement pour raisons sanitaires, aucune de ces associations n'a soutenu les r&#233;voltes ni &#233;cout&#233; les revendications des prisonnier&#183;e&#183;s qui condamnent le syst&#232;me d'enfermement dans son ensemble. Comme souvent, pour les taules et les CRA, les moments de crises permettent de servir le discours r&#233;formiste de l'&#171; humanisation &#187; des conditions d'enfermement et de l'am&#233;nagement des peines, comme les sorties sous assignation &#224; r&#233;sidence. Ce r&#233;veil humanitaire masque ainsi une acceptation des politiques migratoires racistes de l'&#201;tat en &#171; temps normal &#187; et il y a fort &#224; parier que le d&#233;confinement ira avec la disparition de la question des CRA du d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'infos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/lenfermement-dans-des-conditions-de-merde-continue-situation-dans-les-cra-au-21-avril/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://abaslescra.noblogs.org/lenfermement-dans-des-conditions-de-merde-continue-situation-dans-les-cra-au-21-avril/&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org/enfermer-enfermer-toujours-la-situation-dans-les-cra-au-10-avril/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://abaslescra.noblogs.org/enfermer-enfermer-toujours-la-situation-dans-les-cra-au-10-avril/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_345 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/5.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH215/5-9e5c9.webp?1664966034' width='500' height='215' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DANS LES PRISONS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://acta.zone/il-faut-faire-des-tests-a-tout-le-monde/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nous avons r&#233;alis&#233; plusieurs entretiens&lt;/a&gt; dont certains ont &#233;t&#233; publi&#233;s sur&lt;a href=&#034;https://acta.zone/on-ne-sait-pas-encore-si-cest-les-eris-ou-le-virus-qui-va-nous-mettre-a-terre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'onglet de l'observatoire disponible sur le site d'ACTA&lt;/a&gt;, apr&#232;s un travail d'anonymisation et de modification des donn&#233;es personnelles. Quelques entretiens seront publi&#233;s prochainement et d'autres, non publiables, ont n&#233;anmoins servi de donn&#233;es mobilis&#233;es dans le contenu de cette synth&#232;se. Ces entretiens ont &#233;t&#233; men&#233;s presque exclusivement dans le cadre de maisons d'arr&#234;t pour hommes majeurs de la r&#233;gion parisienne. Ils ne permettent pas d'apporter une vision globale de la situation nationale des prisons pendant la crise du COVID-19. Ils permettent n&#233;anmoins de saisir des dynamiques et de croiser diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s dans les &#233;tablissements franciliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se des entretiens permet de rendre compte qu'un certain nombre des r&#233;sistances collectives et individuelles ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de l'ensemble des &#233;tablissements enqu&#234;t&#233;s. Elles s'inscrivent dans un mouvement plus large, que r&#233;v&#232;le le nombre exceptionnel de mouvements collectifs, de blocages, d'&#233;meutes et de mutineries, qui semble avoir d&#233;pass&#233; celui des r&#233;voltes p&#233;nitentiaires des ann&#233;es 1970, dernier grand mouvement de luttes dans les prisons fran&#231;aise. Par ailleurs, une des particularit&#233;s de ce mouvement de r&#233;volte est qu'il endosse &#233;galement une dimension internationale, elle non plus jamais &#233;gal&#233;e &#224; ce jour. En Europe, les prisonnier.e.s se sont soulev&#233;.e.s dans la plupart des pays les plus durement touch&#233;s par l'&#233;pid&#233;mie, soul&#232;vement que l'on retrouve partout &#224; travers le monde. Pour ce qui est de la France, depuis quelques semaines, on remarque n&#233;anmoins un changement dans les formes de mobilisation, laissant para&#238;tre une tendance &#224; un affaiblissement, ou du moins &#224; un changement de forme, li&#233; &#224; diff&#233;rents facteurs sur lesquels nous reviendrons. Dans le cadre de la recension des r&#233;voltes carc&#233;rales men&#233;es par l'observatoire, nous pouvons notamment noter &lt;a href=&#034;http://lenvolee.net/revendications-collectives-au-cp-de-borgo/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une transformation des modalit&#233;s de lutte&lt;/a&gt;, passant des blocages et des &#233;meutes qui ont caract&#233;ris&#233; les premi&#232;res semaines de la crise, &#224; des formes alternatives de mobilisation collective, ou &#224; une &lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/justice/2754331-20200403-coronavirus-prison-ferme-detenu-crache-surveillants-disant-porteur-covid-19&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;recrudescence des actes de r&#233;sistance individuelle&lt;/a&gt;. Nous avons donc ici tent&#233; de saisir, &#224; partir des diff&#233;rents entretiens &#224; notre disposition, les raisons de cet affaiblissement, en partant des strat&#233;gies que l'administration p&#233;nitentiaire (AP) tente de mettre en place pour endiguer ce mouvement de r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Endiguer la r&#233;volte &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situation r&#233;pressive et sanitaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble des maisons d'arr&#234;t concern&#233;es par le dispositif d'enqu&#234;te, tous les entretiens rapportent des &lt;a href=&#034;https://acta.zone/second-rapport-de-lobservatoire-de-letat-durgence-sanitaire/#easy-footnote-1-4872&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interventions violentes et r&#233;currentes&lt;/a&gt; des ERIS (&#233;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;) et des ELAC (rebaptis&#233;es Equipes Locales de S&#233;curit&#233; P&#233;nitentiaire), ainsi que des forces de police et de gendarmerie ext&#233;rieures. Il s'agit d'interventions de r&#233;action d'une part, lorsque le mouvement a d&#233;but&#233;, qui se sont traduites par des violences physiques, des placements au quartier disciplinaire ou des condamnations et prolongations de peine sur le plan judiciaire. Puis il s'agit d'interventions pr&#233;ventives d'autre part, consistant pour la plupart &#224; une militarisation de la maison d'arr&#234;t sur une p&#233;riode de 24h &#224; 48h, par des agents cagoul&#233;s, arm&#233;s, occupant de fa&#231;on visible et coercitive la plupart des espaces de circulation. Ces interventions pr&#233;ventives ont souvent &#233;t&#233; rendues possible gr&#226;ce aux services de renseignements p&#233;nitentiaires (SNRP), par l'interm&#233;diaire de surveillance directe, ou &#224; travers le suivi des r&#233;seaux sociaux, Snapchat &#233;tant l'application ouverte la plus mobilis&#233;e dans la coordination et la structuration des r&#233;voltes depuis le d&#233;but de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res r&#233;voltes ont &#233;clat&#233; &#224; la suite de la suppression des parloirs, mesure ayant entra&#238;n&#233; la coupure des liens familiaux au milieu d'une crise sanitaire sans pr&#233;c&#233;dent, rendant la communication avec l'ext&#233;rieur difficile (les courriers &#233;tant dans l'ensemble &#233;galement bloqu&#233;s ou ralentis) et l'inqui&#233;tude grandissante chez les prisonniers pour leurs familles en raison de la propagation du virus. Pour autant, la n&#233;cessit&#233; d'un confinement reste dans l'ensemble une mesure compr&#233;hensible, et dont le principe est peu contest&#233;. C'est le d&#233;calage entre des mesures restrictives qui touchent essentiellement les d&#233;tenus et leurs familles, et les mesures sanitaires r&#233;elles prises en d&#233;tention qui motive la plupart des actes de r&#233;sistance. En effet, tous t&#233;moignent que rien ou presque ne change en d&#233;tention &#224; part la suppression des parloirs et des activit&#233;s (hors travail). Les promenades sont maintenues sans possibilit&#233; d'application de quelconque geste barri&#232;re. Les surveillants circulent sans masque et travaillent sans gants alors qu'ils viennent de l'ext&#233;rieur, n'h&#233;sitant pas &#224; pratiquer des fouilles au corps directement sur les prisonniers. La distribution des repas se fait par ces m&#234;mes agents et par des d&#233;tenus non &#233;quip&#233;s. Les douches se prennent toujours collectivement dans une pi&#232;ce non d&#233;sinfect&#233;e, qui voit passer tous les d&#233;tenus d'un m&#234;me b&#226;timent en une seule journ&#233;e. Les cellules sont toujours surpeupl&#233;es, et les incarc&#233;rations se poursuivent, enfermant chaque jour de nouvelles personnes provenant de l'ext&#233;rieur. Beaucoup de d&#233;tenus expliquent que c'est ce d&#233;calage entre restrictions et mesures r&#233;elles qui motive les r&#233;voltes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion sanitaire est jug&#233;e catastrophique. Chaque jour, de nouveaux membres du personnel ou des d&#233;tenus sont contamin&#233;s ou suspect&#233;s de contamination. Les d&#233;tenus signal&#233;s sont plac&#233;s en confinement, dans des secteurs condamn&#233;s ou &#224; l'isolement, avec d'autres d&#233;tenus contamin&#233;s ou suspect&#233;s de l'&#234;tre. Cela engendre un effet particuli&#232;rement dangereux : les d&#233;tenus suspect&#233;s et non contamin&#233;s sont finalement atteints du virus, car contraints &#224; la promiscuit&#233; avec des malades. &#192; l'inverse, des d&#233;tenus malades, mais pas certains d'avoir contract&#233; le virus, se refusent &#224; signaler leur &#233;tat &#224; l'administration, par peur d'&#234;tre confin&#233;s et ainsi contamin&#233;s. &#192; la prison de la Sant&#233;, un entretien nous r&#233;v&#232;le qu'une vague de contamination s'est propag&#233;e de cette fa&#231;on. Un d&#233;tenu qui pensait avoir une grippe a refus&#233; de se signaler, par peur d'&#234;tre contamin&#233; &#224; l'isolement, et a finalement infect&#233; plusieurs de ses cod&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;truire les solidarit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression des parloirs a &#233;galement entrain&#233; l'impossibilit&#233; des sorties et des entr&#233;es de linges, impliquant un probl&#232;me d'hygi&#232;ne important pour les prisons non &#233;quip&#233;es par des services de blanchisserie. Elle provoque &#233;galement l'arr&#234;t des &#171; entr&#233;es &#187; de produits, de denr&#233;es et de divers objets qui circulent et structurent habituellement la vie en d&#233;tention. Ainsi les t&#233;l&#233;phones, cartes SIM, et autres objets de communication ne rentrent plus aussi facilement qu'auparavant derri&#232;re les murs, aggravant le manque de communication entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur. La r&#233;sine de cannabis se fait &#233;galement de plus en plus rare, entrainant des situations de manque pour beaucoup de d&#233;tenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression de ces &#171; entr&#233;es &#187; d&#233;structure l'ensemble de la vie souterraine de la d&#233;tention, des rapports marchands mais &#233;galement des liens de solidarit&#233; qui se tissent autour d'elle. Beaucoup font &#233;tat de plus grandes in&#233;galit&#233;s au sein m&#234;me de la population p&#233;nale : les t&#233;l&#233;phones se vendent plus cher, la r&#233;sine de cannabis est parfois presque introuvable, et les solidarit&#233;s, dons et &#233;changes habituels se r&#233;duisent peu &#224; peu au profit de rapports essentiellement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, un nombre de plus en plus important de surveillants et d'agents de l'AP semblent proposer leurs services (tarif&#233;s) pour assurer les &#171; entr&#233;es &#187; en d&#233;tention. Cette situation entra&#238;ne de fait un d&#233;r&#232;glement des rapports de pouvoir et de contre-pouvoir et de l'autor&#233;gulation des d&#233;tenus concernant ce &#171; march&#233; &#187;. Ainsi l'AP occupe une position de pouvoir encore plus importante, par sa possibilit&#233; &#224; r&#233;guler, tarifer et imposer les r&#232;gles du march&#233; int&#233;rieur en d&#233;tention. Ceci s'ajoute &#224; son intervention dans la gestion des flux en p&#233;riode r&#233;guli&#232;re (en fermant les yeux sur les fouilles aux parloirs, ou directement par l'interm&#233;diaire de son personnel) pour assurer une forme de paix sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promesses de libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la continuit&#233;, les entretiens r&#233;v&#232;lent plusieurs strat&#233;gies de l'AP associ&#233;es &#224; la gestion des r&#233;voltes. L'une des plus r&#233;currentes s'articule autour des promesses de lib&#233;ration. Un certain nombre de d&#233;tenus t&#233;moignent de la centralit&#233; de cet &#233;l&#233;ment dans les discours, les conversations et les circulaires du personnel &#224; destination des d&#233;tenus. Surveillants, grad&#233;s et directeurs passent ainsi leurs journ&#233;es &#224; assurer aux d&#233;tenus que des lib&#233;rations massives sont en cours, et vont s'acc&#233;l&#233;rer dans les semaines &#224; venir. Il s'agit pour eux de pr&#233;senter le virus comme une &#171; aubaine &#187; pour &#234;tre lib&#233;r&#233;, tout en accentuant sur le fait que &lt;a href=&#034;https://mars-infos.org/coup-de-com-du-ministere-de-la-4930&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaque prisonnier qui participera aux blocages ou aux mutineries verra sa lib&#233;ration compromise&lt;/a&gt;. Les 5 000 lib&#233;rations officielles ne concernent pourtant que les fins de peine (dont le reliquat est inf&#233;rieur &#224; 6 mois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diviser par l'in&#233;galit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre strat&#233;gie retrouv&#233;e dans l'ensemble des maisons d'arr&#234;ts enqu&#234;t&#233;es concerne principalement les longues peines et les &#171; gros profils &#187;. Ce sont les cat&#233;gories de d&#233;tenus dits &#171; &#224; risque &#187; (DPS, AS, d&#233;tenus dits &#171; radicalis&#233;s &#187;, multir&#233;cidivistes &#8230;), soit les d&#233;tenus qui ne sont pas concern&#233;s par les annonces de lib&#233;ration : ce sont eux qui sont suspect&#233;s ou consid&#233;r&#233;s d'&#234;tre de potentiels &#171; leaders &#187; des blocages et des mouvements, ou au moins d'&#234;tre des relais et des interm&#233;diaires l&#233;gitimes aupr&#232;s de la population p&#233;nale. Ainsi les directions de chaque maison d'arr&#234;t semblent avoir multiplier les entretiens avec ces &#171; cat&#233;gories &#187; de d&#233;tenus, afin de les mobiliser pour faire passer des messages et assurer le calme. De la m&#234;me fa&#231;on que l'AP a le pouvoir de choisir quel d&#233;tenu sera l'interm&#233;diaire et le b&#233;n&#233;ficiaire des &#171; entr&#233;es &#187; effectu&#233;es par ses surveillants, elle choisit &#233;galement ses propres repr&#233;sentants et interm&#233;diaires aupr&#232;s des d&#233;tenus. Elle restructure ainsi des rapports in&#233;galitaires, pour s'assurer qu'ils soient garants de leurs propres modalit&#233;s de contr&#244;le, en assurant un syst&#232;me de privil&#232;ge &#224; certains : r&#233;ponses favorables &#224; une demande de travail d&#233;pos&#233;e depuis plusieurs mois, encellulement individuel, accord de principe sur un transfert dans un &#233;tablissement souhait&#233; &#8230; A contrario, si le d&#233;tenu ne c&#232;de pas &#224; ce chantage, il est aussit&#244;t cibl&#233; &#224; l'issu du mouvement collectif, peu importe son r&#244;le dans celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons &#233;galement pos&#233; la question &#171; Quelles formes de soutien attendez-vous depuis l'ext&#233;rieur ? &#187;. La question est souvent rest&#233;e sans r&#233;ponse ou trait&#233;e avec beaucoup de pessimisme. Cela s'explique notamment par l'absence de consid&#233;ration de la question carc&#233;rale au sein des luttes sociales, ou par sa prise en compte sur le plan th&#233;orique mais sa non-application au niveau pratique. Les entretiens men&#233;s et le mouvement de r&#233;volte carc&#233;ral nous donnent un certain nombre d'&#233;l&#233;ments de r&#233;ponse, qui ouvrent des pistes d'interventions pratiques. Nous en pr&#233;sentons certaines ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout d'abord, la n&#233;cessit&#233; du lien direct entre la r&#233;volte &#224; l'int&#233;rieur des murs et la mobilisation &#224; l'ext&#233;rieur. Elle a &#233;t&#233; rendue impossible par les obligations du confinement, or, si les mouvements perdurent, il sera essentiel de se mobiliser physiquement devant les murs d'enceinte, pour que les mobilisations de l'ext&#233;rieur fassent &#233;cho &#224; celles de l'int&#233;rieur. C'est l'un des grands &#233;cueils relev&#233;s par beaucoup de d&#233;tenus. Elles ne doivent pas &#234;tre simplement relay&#233;es par des m&#233;dias qui en d&#233;tournent le contenu, &#224; partir de la version polici&#232;re et p&#233;nitentiaire des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela implique de fait la n&#233;cessit&#233; d'une communication possible entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur. &lt;a href=&#034;http://lenvolee.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Certains collectifs militants tels que l'Envol&#233;e&lt;/a&gt; travaillent au quotidien &#224; maintenir ce lien, mais il reste encore trop marginal. Pourtant, ce mouvement de r&#233;volte a r&#233;v&#233;l&#233; la capacit&#233; des prisonniers de diff&#233;rentes prisons &#224; communiquer, &#224; s'organiser &#224; et coordonner les diff&#233;rents mouvements de lutte, par l'interm&#233;diaire de r&#233;seaux sociaux, d'applications ou de contacts ext&#233;rieurs. Dans les luttes de soutien aux prisonniers en CRA, la communication entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, facilit&#233;e par les cabines, les t&#233;l&#233;phones portables (sans cam&#233;ra) autoris&#233;s et les parloirs ouverts, permet de pouvoir penser et r&#233;aliser des mobilisations de l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur de fa&#231;on coordonn&#233;e. C'est &#224; partir de l'enjeu de cette communication et de son accessibilit&#233;, &#224; travers notamment l'entr&#233;e de t&#233;l&#233;phones et d'autres moyens de communication, qui sortiraient des logiques marchandes et in&#233;galitaires, qu'il sera possible de penser une coordination des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.huffingtonpost.fr/entry/au-temps-du-coronavirus-le-metier-davocat-est-devenu-surrealiste_fr_5e86f2dfc5b63e06281c0677&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre enjeu concerne la d&#233;fense des inculp&#233;s&lt;/a&gt;, souvent assur&#233;e par un.e avocat.e commis.e d'office, qui traite &#224; la cha&#238;ne des dossiers r&#233;cup&#233;r&#233;s le matin m&#234;me. Il serait n&#233;cessaire, tout comme cela est fait dans la cadre de la r&#233;pression des mouvements sociaux, de structurer des &#233;quipes d'avocat.e.s sp&#233;cialis&#233;.e.s sur ces questions pour prendre en charge ces dossiers, tout en menant des campagnes de solidarit&#233; depuis l'ext&#233;rieur, pour ne pas laisser les d&#233;tenus subir seuls la vengeance de l'AP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; l'ext&#233;rieur, il est &#224; peu pr&#232;s clair pour tout le monde que le d&#233;confinement n'impliquera pas la fin de la pand&#233;mie. Depuis le d&#233;but, presque aucun mat&#233;riel sanitaire n'a &#233;t&#233; mis &#224; disposition de la population p&#233;nale. Il est &#224; craindre que ce d&#233;calage se prolonge dans la dur&#233;e, avec l'obligation du port du masque &#224; l'ext&#233;rieur, et aucune mesure sanitaire &#224; l'int&#233;rieur. Plusieurs petites actions ont &#233;t&#233; men&#233;es, &#224; diff&#233;rents endroits, pour faire passer des masques, des gants ou du gel hydroalcoolique depuis l'ext&#233;rieur vers l'int&#233;rieur. La g&#233;n&#233;ralisation de ces actions durant les mois qui viennent est importante, que ce soit par l'interm&#233;diaire de colis jet&#233;s au-dessus des murs d'enceinte ou par des distributions faites aux familles devant les parloirs qui reprendront bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La reprise des parloirs doit &#233;galement impliquer la mise en place de liens avec les familles et les proches des d&#233;tenus. Organiser l'autod&#233;fense sanitaire avec les proches est le meilleur moyen d'entretenir un contact direct avec l'int&#233;rieur, tout en se mobilisant &#224; partir des n&#233;cessit&#233;s des familles, &lt;a href=&#034;https://www.20minutes.fr/justice/2736099-20200310-coronavirus-prison-crainte-epidemie-gagne-surveillants-detenus-proches&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;elles-m&#234;mes frapp&#233;es par la prison et par la pand&#233;mie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un autre point r&#233;current dans les r&#233;ponses des d&#233;tenus concerne les lib&#233;rations. En effet, beaucoup de d&#233;tenus ont tent&#233; de profiter du dispositif de lib&#233;ration annonc&#233; et ont &#233;t&#233; confront&#233;s au probl&#232;me de &#171; la domiciliation &#187;. C'est un probl&#232;me r&#233;current dans les am&#233;nagements de peine pour les d&#233;tenus, qui doivent trouver n&#233;cessairement une promesse d'embauche (sans pouvoir postuler depuis la prison), diff&#233;rentes garanties de repr&#233;sentation, et une adresse fixe qui doit souvent &#234;tre situ&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur de la r&#233;gion o&#249; les faits qui leur ont &#233;t&#233; reproch&#233;s se sont d&#233;roul&#233;s (le plus souvent donc dans la r&#233;gion o&#249; ils r&#233;sident habituellement). Depuis l'annonce des lib&#233;rations li&#233;es &#224; la crise, beaucoup qui pourraient postuler &#224; un am&#233;nagement de peine sont dans l'impossibilit&#233; de d&#233;poser un dossier en raison de la difficult&#233; &#224; trouver un logement. Que ce soit dans le cadre de cette crise ou de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, une demande importante de l'int&#233;rieur consiste &#224; trouver un moyen d'ouvrir des espaces pouvant accueillir des sortants de prisons ainsi que des entreprises, associations ou commerces capables de fournir des promesses d'embauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien &#233;videmment d'une liste non exhaustive, produite &#224; partir des entretiens r&#233;alis&#233;s, qui a pour but de nourrir les discussions pr&#233;existantes et les perspectives anticarc&#233;rales, au regard de ce que nous apprend la crise sanitaire dans les prisons fran&#231;aises, et plus largement &#224; travers le monde. Beaucoup d'organisations, d'associations, et m&#234;me de syndicats p&#233;nitenciers appellent &#224; une r&#233;forme de fond de l'institution carc&#233;rale. Il est &#224; craindre que cette crise soit r&#233;cup&#233;r&#233;e par les tenants l&#233;gitimistes et r&#233;formateurs, soi-disant humanistes et r&#233;alistes, et qu'elle participe &#224; cette critique de la prison qui a toujours eu pour seul objectif de la faire perdurer, par de nouveaux am&#233;nagements ou par le biais de dispositifs alternatifs. Notre capacit&#233; &#224; faire de cette crise un tournant abolitionniste et anticarc&#233;ral s'inscrit dans les enjeux plus larges qu'ont fait na&#238;tre la crise du COVID-19. Seule la lutte le dira.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/6.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH250/6-7c0f0.webp?1664966034' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat d'urgence sanitaire et transformations juridiques : l'ordonnance du 25 mars 2020 et la modification de la d&#233;tention provisoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon le r&#233;gime de d&#233;tention et les cat&#233;gories de condamnation, il existe plusieurs types d'&#233;tablissements p&#233;nitentiaires, notamment class&#233;s en deux cat&#233;gories : les &#233;tablissements pour peine et les maisons d'arr&#234;t. Ces derni&#232;res re&#231;oivent les personnes en d&#233;tention provisoire (c'est &#224; dire, en attente de jugement ou pour lesquelles la condamnation n'est pas d&#233;finitive), ainsi que les personnes condamn&#233;es &#224; des peines n'exc&#233;dant pas deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon les chiffres du minist&#232;re de la justice, au 1er janvier 2019, 70 059 personnes &#233;taient d&#233;tenues pour 60 151 places op&#233;rationnelles. La densit&#233; carc&#233;rale globale &#233;tait donc de 116,5 % (dont 140 % en maison d'arr&#234;t et quartier maison d'arr&#234;t, et 90 % en centre de d&#233;tention et quartier centre de d&#233;tention). Elle s'&#233;levait &#224; 115,4 % au 1er janvier 2018, 116,6 % au 1er janvier 2017, 113,9 % au 1er janvier 2016 et 114,6 % au 1er janvier 2015. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CEDH 31 Janvier 2020, J.M.B ET AUTRES c. FRANCE&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'ajouter, &#171; la surpopulation carc&#233;rale concerne surtout les maisons d'arr&#234;t. La densit&#233; carc&#233;rale en maison d'arr&#234;t &#233;tait de 136,5 % en 2018 et 138,5 % en 2017. Selon le rapport 2018 de la Commission de suivi de la d&#233;tention provisoire, le nombre de personnes plac&#233;es en d&#233;tention provisoire a fortement augment&#233; depuis 2010. A titre d'illustration, cet accroissement a &#233;t&#233; de 9 % entre janvier 2016 et janvier 2018. Au 1er avril 2018, pr&#233;s de 30 % des personnes incarc&#233;r&#233;es en France &#233;taient en d&#233;tention provisoire. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France se targue d'avoir un syst&#232;me p&#233;nal bas&#233; sur la pr&#233;somption d'innocence. Or, cette derni&#232;re n'a toujours &#233;t&#233; appliqu&#233;e qu'&#224; une &#233;lite blanche bourgeoise satisfaite de la justice (par essence punitive) puisqu'elle n'a g&#233;n&#233;ralement pas &#224; la subir. Pour les autres, l'incarc&#233;ration est un potentiel palpable, la prison n'&#233;tant pas une fiction lointaine mais une r&#233;alit&#233; continue dans la vie des opprim&#233;.e.s. La pr&#233;somption de culpabilit&#233; r&#233;git leur justiciabilit&#233; ; cette derni&#232;re, command&#233;e par des politiques p&#233;nales r&#233;pressives, transforme l&#233;galement les maisons d'arr&#234;t en &#233;pilogues de condamnation. La d&#233;tention provisoire devient, dans les faits, les pr&#233;misses d'une d&#233;tention continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si l'on suit la logique du gouvernement et de sa porte-parole en la mati&#232;re, les personnes d&#233;tenues en maison d'arr&#234;t devraient &#234;tre les premi&#232;res concern&#233;es par les mesures de lib&#233;ration exceptionnelles revendiqu&#233;es. Mieux encore, ces maisons d'arr&#234;t, l&#233;galement d&#233;finies comme des prisons de courtes peines, devraient ne plus accueillir personne et fermer. En effet, ce sont les fins de peine et les courtes peines qui peuvent, selon les dires de Nicole Belloubet, pr&#233;tendre &#224; leur lib&#233;ration anticip&#233;e dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence sanitaire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 20 mars, dans son allocution relative &#224; la loi de l'&#233;tat d'urgence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'autorit&#233; &#233;tatique d&#233;fie toute logique. S'il en existe une, elle lui est propre et r&#233;pond fondamentalement &#224; son imp&#233;ratif de survie : r&#233;primer pour exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'ordonnance du 25 mars 2020 &#171; relative &#224; la prorogation des d&#233;lais &#233;chus pendant la p&#233;riode d'urgence sanitaire et &#224; l'adaptation des proc&#233;dures pendant cette m&#234;me p&#233;riode &#187; consacre tout un chapitre aux &#171; dispositions applicables en cas de d&#233;tention provisoire &#187;. Un changement drastique, intervenu en plein &#233;tat d'urgence sanitaire et alors m&#234;me que les conditions de d&#233;tention terribles sont appel&#233;es &#224; se p&#233;renniser et &#224; entrer dans le droit commun. L'article 15 d'exprimer : &#171; les prolongations de d&#233;tention provisoire qui d&#233;coulent de ces dispositions continuent de s'appliquer apr&#232;s la date de cessation de l'&#233;tat d'urgence sanitaire d&#233;clar&#233; &#187;. L'article 16 de pr&#233;ciser : &#171; en mati&#232;re correctionnelle, les d&#233;lais maximums de d&#233;tention provisoire ou d'assignation &#224; r&#233;sidence sous surveillance &#233;lectronique (&#8230;) sont prolong&#233;s plein droit de deux mois lorsque la peine encourue est inf&#233;rieure ou &#233;gale &#224; cinq ans, et trois mois dans les autres cas. &#187; &#8211; six mois en mati&#232;re criminelle et pour les audiences devant la cour d'appel en mati&#232;re correctionnelle. Dans ce m&#234;me article, &#171; les prolongations (&#8230;) sont applicables aux mineurs &#226;g&#233;s de plus de seize ans, en mati&#232;re criminelle, ou s'ils encourent une peine d'au moins sept ans d'emprisonnement &#187;, ce qui veut dire que la d&#233;tention provisoire peut ainsi attendre que les mineurs deviennent majeurs et qu'ils soient ainsi jug&#233;s et condamn&#233;s comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'ordonnance du 25 mars 2020 ent&#233;rine la prolongation de plein droit de la d&#233;tention provisoire et la rend, de fait, syst&#233;matique. Le 3 avril, le Conseil d'&#201;tat, saisi d'un recours par un ensemble de syndicats et d'associations, a confirm&#233; l'applicabilit&#233; de ces dispositions : l'allongement automatique, sans d&#233;bat ni intervention du juge judiciaire, de la d&#233;tention provisoire. En plein &#233;tat d'urgence sanitaire, alors m&#234;me que les d&#233;tenu.e.s et leurs proches s'insurgent contre le traitement inhumain qui leur est fait et que, trois mois avant, la CEDH condamnait la France pour ses conditions de d&#233;tention, l'&#233;tat renforce sa politique p&#233;nale r&#233;pressive, ordonne une autre temporalit&#233; l&#233;gale et se dote d'une nouvelle arme juridique pour asseoir sa violence et ma&#238;triser les opprim&#233;.e.s. La d&#233;tention provisoire n'est pas un &#171; provisoire &#187;, mais une introduction de fait &#224; l'incarc&#233;ration de plein droit. Une d&#233;tention continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordonnance du 25 mars 2020 est un &#233;ni&#232;me coup de force et de poing. La logique r&#233;pressive de la justice fran&#231;aise est une r&#233;alit&#233; qu'il incombe de mettre en lumi&#232;re dans le reflet de ses propres armes. La &#171; surpopulation carc&#233;rale &#187; est un fait, maintes fois d&#233;nonc&#233;, qui rythme la vie des prisons fran&#231;aise et fait partie int&#233;grante de son agencement. La penser comme une anomalie du syst&#232;me p&#233;nal fran&#231;ais, c'est ignorer sa valeur organisationnelle. L'&#233;tat d'urgence sanitaire ne transforme en rien cette r&#233;alit&#233; &#8211; il la renforce et l'exacerbe. Les seules r&#233;ponses apport&#233;es par les politiques r&#233;pressives sont soit le silence, soit la construction de nouveaux b&#226;timents. Or, construire des prisons n'endiguera en rien cette &#171; surpopulation &#187;. La solution &#224; la &#171; surpopulation carc&#233;rale &#187; est la d&#233;population totale de toutes les maisons d'arr&#234;t, de tous les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires, et la lib&#233;ration inconditionnelle de toutes et tous les prisonnier.e.s. Le seul moyen de vider les prisons, c'est de les faire dispara&#238;tre, puisqu'une prison avec un seul d&#233;tenu est d&#233;j&#224; une prison pleine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/webp/7.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH375/7-52a7c.webp?1664966034' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre, armature du capitalisme, permet &#224; l'&#201;tat de transformer ses crises en machine de superproduction. Le 16 mars, dans son allocution, Emmanuel Macron r&#233;p&#232;te pas moins de six fois la phrase &#171; Nous sommes en guerre &#187;. Loin d'&#234;tre anodine, cette derni&#232;re met en &#233;vidence la perspective politique et le ton donn&#233; &#224; l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Ainsi, outre le renforcement et l'augmentation des pr&#233;rogatives du minist&#232;re des arm&#233;es, cet &#233;tat de guerre, comme tout &#233;tat de guerre d&#233;cid&#233; par l'&#233;tat et l&#233;galement impos&#233;, offre des champs d'&#233;volutions technologique et &#233;conomique certains. Ces &#233;volutions sont appuy&#233;es et ent&#233;rin&#233;es par le droit qui, en les faisant entrer dans la l&#233;galit&#233;, les rend p&#233;rennes. Comme toujours, la structure juridique de l'&#233;tat &#8211; arme invisible de sa r&#233;pression &#8211; &#233;volue en coup de force. Le droit vient &#224; la fois ent&#233;riner la l&#233;galit&#233; d'un &#233;tat de guerre et l'acc&#233;l&#233;ration de son corollaire policier, et l'&#233;tat de guerre vient contribuer &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de la transformation du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ces transformations juridiques sont nombreuses depuis le d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Elles commencent par une loi qui donne les pleins-pouvoirs au pouvoir ex&#233;cutif, et s'encha&#238;nent par la cr&#233;ation d'une nouvelle hi&#233;rarchie sociale : l'invention d'un document attestant de la l&#233;galit&#233; des comportements ou situations. Imposant donc une distinction sociale entre ceux qui ont ce document et ceux qui ne l'ont pas ; ceux qui sont l&#233;gitimes et ceux qui ne le sont pas. Il nous appara&#238;t n&#233;anmoins que l'invention de l'attestation de sortie, tout comme celle du passeport, du visa ou de la carte de s&#233;jour, correspond plut&#244;t &#224; l'invention de l'absence d'attestation, c'est-&#224;-dire &#224; la cr&#233;ation d'une situation de violence l&#233;gitim&#233;e. Les militants sans-papiers portent dans leur nom m&#234;me cette absence cr&#233;&#233;e dans le but de disposer de leur force de travail, tout en faisant peser sur eux la potentialit&#233; continuelle de la d&#233;tention et la d&#233;portation. L'injonction polici&#232;re &#171; Vos papiers ! &#187;, que les lois racistes Pasqua-Debr&#233; des ann&#233;es 1990 ont consacr&#233;, ne dit pas autre chose que : &#171; Donne moi une raison de te punir ! &#187;. Il en va de m&#234;me pour l'attestation de confinement et nous avons vu en effet qui constituaient les cibles privil&#233;gi&#233;es des contr&#244;les policiers et donc de leur violence r&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le propre de cette attestation consiste &#224; &#233;tablir des sc&#233;narios pour lesquels une sortie de domicile est consid&#233;r&#233;e comme l&#233;gitime. Ces sc&#233;narios mettent ainsi des mots (l&#233;gaux) sur les normes sociales et raciales et permettent de punir tout &#233;cart comportemental. En d'autres termes, toute pratique non-imagin&#233;e ou sp&#233;cifiquement exclue par ces sc&#233;narios (en particulier les pratiques de solidarit&#233; familiales ou communautaires) est ill&#233;galis&#233;e et devient donc l'occasion d'une violence punitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;volutions juridiques sont &#233;galement &#8211; et surtout &#8211; palpables d'une part dans l'&#233;volution des pr&#233;rogatives de police, et d'autre part dans leur &#233;largissement &#224; d'autres corps que ceux de la police. Ainsi, par exemple, par un arr&#234;t&#233; du 3 avril, le pr&#233;fet de Seine-et-Marne &#171; r&#233;quisitionne les chasseurs garde-chasse pour aider les forces de l'ordre dans le contr&#244;le du respect des r&#232;gles de confinement &#187;. Le 7 avril, le ministre de l'&#233;ducation prend un arr&#234;t&#233; relatif &#171; &#224; l'autorisation de d&#233;tention et de port d'armes pour les agents des &#233;quipes mobiles de s&#233;curit&#233; du minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale et de la jeunesse dans le d&#233;partement de Mayotte &#187;. Il est &#233;crit notamment : &#171; Le minist&#232;re de l'&#233;ducation nationale et de la jeunesse peut acqu&#233;rir et d&#233;tenir des matraques t&#233;lescopiques [&#8230;] &#187;. Le 2 mai, le ministre de l'int&#233;rieur annonce qu'&#224; partir du 11 mai, les pouvoirs de verbalisation seront &#233;tendus aux agents des transports en commun. Les milices s&#233;curitaires, de plus en plus arm&#233;es, viennent ainsi compl&#233;ter l'effort des diff&#233;rentes factions de police de l'&#201;tat, &#224; l'image des colonies de peuplement o&#249; colons et police coloniale travaillent habituellement de concert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enqu&#234;tes men&#233;es pendant cette seconde s&#233;quence de l'&#233;tat d'urgence sanitaire montrent une nouvelle fois de telles continuit&#233;s et &#233;volutions du syst&#232;me de violences d'&#201;tat concentr&#233;es autour de la colonialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les colonies d'outre-mers, l'&#233;tat d'urgence sanitaire continue d'approfondir la conjugaison de rapports d'exploitation f&#233;roces, de conditions de vie mis&#233;rables et d'in&#233;galit&#233;s racistes dans l'acc&#232;s aux droits et en particulier aux soins. Le tout est encadr&#233; par une gestion militaro-polici&#232;re navigant en permanence au bord de la militarisation. Et, comme durant la premi&#232;re s&#233;quence, dans les interstices &#233;largies par la pouss&#233;e du syst&#232;me imp&#233;rialiste aux limites de sa puissance, de son h&#233;g&#233;monie et de ses contradictions, les classes opprim&#233;es opposent des r&#233;sistances &#224; l'ordre colonial en tentant de se r&#233;approprier le territoire et la sant&#233;, c'est-&#224;-dire aussi leur histoire et leurs corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quartiers populaires, nous observons une continuit&#233; des formes de domination polici&#232;re li&#233;e &#224; la reproduction du socio-apartheid, mais aussi des &#233;volutions comme l'extension de la coercition aux corps des femmes non-blanches. La continuit&#233; coloniale du r&#233;gime de s&#233;gr&#233;gation socio-raciale transpara&#238;t &#224; travers diverses r&#233;sonances avec le massacre policier de septembre-octobre 1961, que ce soit dans la g&#233;ographie des violences d'Etat ou dans la langue et les pratiques de ses milices. Dans les prisons, le soul&#232;vement international des d&#233;tenus a subi une r&#233;pression militaris&#233;e. Outre l'emploi des unit&#233;s commandos (ERIS, ELAC) et de forces polici&#232;res et gendarmes ext&#233;rieures aux prisons pour mater les d&#233;tenus r&#233;volt&#233;s, l'administration a proc&#233;d&#233; &#224; des placements en quartier disciplinaire tandis que la justice a prononc&#233; des condamnations et prolongations de peine tout en r&#233;servant les lib&#233;rations aux d&#233;tenus non impliqu&#233;s dans les r&#233;sistances. Puis l'administration p&#233;nitentiaire a divis&#233; les d&#233;tenus en fonction de leurs peines. Les forces impliqu&#233;es dans l'organisation des r&#233;voltes ont &#233;t&#233; dissoci&#233;es mais la r&#233;sistance s'est transform&#233;e et se r&#233;agence &#224; travers des formes alternatives de mobilisations collectives et d'actes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les CRA, l'&#233;conomie politique de l'enfermement n'a en fait quasiment jamais &#233;t&#233; interrompue. Ces prisons pour prol&#233;taires ill&#233;galis&#233;.e.s ont continu&#233; &#224; enfermer tout au long de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Les violences physiques, sociales et symboliques habituelles s'y multiplient, notamment, encore une fois, &#224; l'&#233;gard des femmes. L&#224; encore, des r&#233;voltes ont pris forme et ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es f&#233;rocement durant la premi&#232;re s&#233;quence, et ce sont d&#233;sormais diff&#233;rentes pratiques de r&#233;sistance collective qui se maintiennent et se r&#233;pandent sous la forme de blocages, de gr&#232;ves de la faim et d incendies. Les prisons, CRA y-compris, fonctionnent autour d'une m&#233;canique de mise en danger de mort, qui navigue entre le laisser-mourir et le faire-mourir, pour les d&#233;tenu.e.s et les retenu.e.s, parce que l'institution carc&#233;rale ne se suspend pas m&#234;me au c&#339;ur de &#171; l'&#233;tat d'exception &#187;. Et il faudra le rappeler &#224; tous les r&#233;formistes de la prison. &#192; la prochaine &#171; crise &#187;, fut-elle &#171; nucl&#233;aire &#187;, les prisons et les camps continueront de fonctionner et, sans doute comme pendant COVID-19, ils continueront d'enfermer, d'&#233;craser et de tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux dispositifs s&#233;curitaires ont continu&#233; &#224; &#234;tre exp&#233;riment&#233;s pendant cette seconde s&#233;quence de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Certains ont &#233;t&#233; mis en place et d'autres seulement envisag&#233;s. Entre effets d'annonce et mesure de l'opinion publique, diff&#233;rents dispositifs sont mis en oeuvre &#224; divers degr&#233;s : le backtracking (tra&#231;age num&#233;rique) des t&#233;l&#233;phones, notamment &#224; travers l'application &#171; Stop COVID &#187;, mais aussi en utilisant les donn&#233;es balanc&#233;es par les fournisseurs ou, &#224; terme, la g&#233;olocalisation des contamin&#233;.e.s et leur contr&#244;le par bracelet &#233;lectronique. De m&#234;me, l'infrastructure permettant la d&#233;lation r&#233;mun&#233;r&#233;e des m&#233;decins est d&#233;sormais en place. Il nous semble que la techno-structure teste parfois avant toute chose l' &#171; acceptabilit&#233; &#187; du dispositif-marchandise. Certaines de ces exp&#233;rimentations avaient sans doute d&#233;j&#224; lieu avant l'&#233;tat d'urgence, comme le sugg&#232;re &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/010520/bure-la-justice-foule-aux-pieds-les-droits-de-la-defense&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'emploi d'IMSI catchers&lt;/a&gt;pour aspirer les donn&#233;es des t&#233;l&#233;phones et ficher les militants anti-nucl&#233;aires &#224; Bure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence sanitaire reste l'occasion d'avancer dans l'exp&#233;rimentation et la normalisation de technologies de pouvoir par l'&#201;tat et les industries s&#233;curitaires.&lt;a href=&#034;https://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/drones-deployes-paris-vont-ils-continuer-nous-surveiller-apres-confinement-1814336.htmlExemples&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'utilisation de drones et d'h&#233;licopt&#232;res&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; ainsi intensifi&#233;e. &#192; Cannes, &lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/a-cannes-des-cameras-detectent-les-personnes-masquees-20200427&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les cam&#233;ras de surveillance&lt;/a&gt; d&#233;ploy&#233;es dans les march&#233;s ext&#233;rieurs sont &#233;quip&#233;es de technologies permettant de d&#233;tecter si les habitant.e.s portent ou non un masque de protection respiratoire sur leur visage. Ces dispositifs devraient &#233;galement &#234;tre mis en place dans les bus de villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surveillance des r&#233;seaux sociaux a surtout permis de r&#233;primer les r&#233;voltes des prisons mais aussi des quartiers populaires de fin avril, r&#233;voltes qui &#233;taient connect&#233;es entre elles, aussi gr&#226;ce &#224; des usages partisans de ces moyens de communication. Comme rappel&#233; dans le premier rapport, il nous faut insister sur le fait que la mise en oeuvre r&#233;elle de ces technologies ne touche jamais &#171; la population &#187; en g&#233;n&#233;ral et de la m&#234;me mani&#232;re. Les usages concrets des technologies de pouvoir sont nivel&#233;s et hi&#233;rarchis&#233;s, notamment selon la classe, la condition raciale et le genre des corps cibl&#233;s, pour assurer le maintien des rapports de domination et d'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objectifs d&#233;gag&#233;s par les diff&#233;rents groupes d'enqu&#234;tes semblent converger autour de la n&#233;cessit&#233; de continuer &#224; soutenir les formes d'autod&#233;fense, &#224; renforcer les ponts entre secteurs en lutte mais aussi d'associer ces puissances &#224; des capacit&#233;s de confrontation susceptibles de s'opposer aux violences d'&#201;tat durant l'entr&#233;e dans la s&#233;quence du &#171; d&#233;confinement &#187; et la mise en pratique de la soci&#233;t&#233; de (post) confinement. Il s'agit d'organiser la solidarit&#233; mat&#233;rielle et concr&#232;te aupr&#232;s des enferm&#233;.e.s et de leurs proches, avec pr&#233;sence et action r&#233;guli&#232;re aux abords des lieux d'enfermement (prisons, CRA) pour construire et renforcer les ponts. Renforcer les moyens de communication entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur et les groupes de diffusion de la parole des prisonnier.e.s (journaux, radios&#8230;). Constituer des &#233;quipes d'avocat.e.s et des campagnes de soutien face aux vagues de r&#233;pression en cours et celles qui arrivent, c'est-&#224;-dire aussi organiser des caisses de soutien. Il s'agit aussi de construire l'auto-d&#233;fense sanitaire dans la longue dur&#233;e, en renfor&#231;ant les exp&#233;riences de sant&#233; communautaire et en en cr&#233;ant de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe d'&#233;tude sur les aspects juridiques propose de concevoir une &#233;conomie politique de la &#171; d&#233;tention provisoire &#187; qui continue d'inscrire la m&#233;canique de production d'une &#171; surpopulation carc&#233;rale &#187; dans les logiques du capitalisme s&#233;curitaire. Dans le m&#234;me sens, il s'agirait de reconna&#238;tre l'&#233;tat d'urgence sanitaire comme un processus d'acc&#233;l&#233;ration, d'intensification et d'exacerbation des rapports de domination et d'exploitation syst&#233;miques. Nous avons vu la multiplicit&#233; des formes prises par les r&#233;sistances populaires &#224; l'int&#233;rieur de ces contradictions renforc&#233;es. Il y a, dans ces pratiques d'entraide et d'auto-d&#233;fense, des bases concr&#232;tes et mat&#233;rielles pour auto-organiser les conditions de vie quotidienne des classes exploit&#233;es et opprim&#233;es, mais aussi leur permettre de conduire elles-m&#234;mes leurs luttes de survie vers des processus de lib&#233;ration r&#233;els, c'est-&#224;-dire pour en finir avec la police, la prison et les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport publi&#233; initialement sur le site &lt;a href=&#034;https://acta.zone/second-rapport-de-lobservatoire-de-letat-durgence-sanitaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acta.zone&lt;/a&gt; le 10 mai 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'informations &#224; ce sujet : &lt;a href=&#034;https://rrb.nc/podcast/club-politique-24-04-20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://rrb.nc/podcast/club-politique-24-04-20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CEDH 31 Janvier 2020, J.M.B ET AUTRES c. FRANCE&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 20 mars, dans son allocution relative &#224; la loi de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, Nicoles Belloubet annonce des mesures de &#171; r&#233;gulations carc&#233;rales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Premier rapport de l'Observatoire de l'&#233;tat d'urgence sanitaire</title>
		<link>https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/article/observatoire-de-l-etat-d-urgence-sanitaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/article/observatoire-de-l-etat-d-urgence-sanitaire</guid>
		<dc:date>2022-02-07T14:14:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Observatoire de l'Etat d'urgence sanitaire</dc:creator>


		<dc:subject>Domination polici&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s la d&#233;claration du confinement, des pratiques de solidarit&#233; et des formes d'auto-organisation ont &#233;merg&#233; dans de multiples secteurs de la soci&#233;t&#233;. &#192; la crois&#233;e des luttes de ces derni&#232;res ann&#233;es, nous nous sommes r&#233;unie.s. entre militant.e.s des quartiers populaires et des immigrations, membres des Gilets noirs et de La Chapelle Debout !, militant.e.s autonomes, communistes et anarchistes, militantes f&#233;ministes et antiracistes, militant.e.s antifascistes et anti-carc&#233;raux, militants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://enquetecritique.org/projets/auto-defense-auto-education-auto-organisation/" rel="directory"&gt;Auto-d&#233;fense, auto-&#233;ducation, auto-organisation&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://enquetecritique.org/mot/domination-policiere-8" rel="tag"&gt;Domination polici&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton76-11310.png?1667678510' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s la d&#233;claration du confinement, des pratiques de solidarit&#233; et des formes d'auto-organisation ont &#233;merg&#233; dans de multiples secteurs de la soci&#233;t&#233;. &#192; la crois&#233;e des luttes de ces derni&#232;res ann&#233;es, nous nous sommes r&#233;unie.s. entre militant.e.s des quartiers populaires et des immigrations, membres des Gilets noirs et de La Chapelle Debout !, militant.e.s autonomes, communistes et anarchistes, militantes f&#233;ministes et antiracistes, militant.e.s antifascistes et anti-carc&#233;raux, militants anticoloniaux et anti-imp&#233;rialistes, principalement &#224; Paris et Toulouse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; de coordonner des enqu&#234;tes, chacun dans nos secteurs de lutte et de vie, avec les personnes concern&#233;es pour mettre en commun les donn&#233;es et proposer des analyses collectives, dans le but de renforcer les exp&#233;riences d'entraide populaire et de nourrir les luttes d'aujourd'hui et de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;fini six secteurs d'enqu&#234;te que nous pensons comme un seul champ de lutte : les territoires colonis&#233;s, les quartiers populaires, les prisons, les centres de r&#233;tention administrative (CRA), les foyers d'immigr&#233;s, et les &#233;tablissements sociaux et m&#233;dico-sociaux. Nous avons &#233;tabli un protocole d'enqu&#234;te (une liste de questions pour mener des entretiens et des pistes de recherches). Les Gilets Noirs avaient d&#233;j&#224; bien avanc&#233; et organis&#233; leurs auto-enqu&#234;tes dans de nombreux foyers. &#192; leur suite, chaque groupe a enqu&#234;t&#233; de mani&#232;re autonome puis a restitu&#233; ces donn&#233;es aux autres groupes, ce qui a permis un croisement des analyses. Il s'agit de comprendre ce qu'il se passe durant cet &#233;tat d'urgence sanitaire afin de renforcer et coordonner les solidarit&#233;s et les r&#233;sistances populaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/png/photo_flics.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH333/photo_flics-c604a.png?1667695125' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;tat d'urgence (sanitaire) : une g&#233;n&#233;alogie coloniale, militaire et contre-r&#233;volutionnaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas innocent que le gouvernement fran&#231;ais ait d&#233;cid&#233; de donner le nom d'&#233;tat d'urgence sanitaires aux mesures prises en r&#233;ponse &#224; la pand&#233;mie. Un tel nom fait &#233;videmment r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;tat d'urgence tel qu'il a &#233;t&#233; forg&#233; et utilis&#233; par l'&#201;tat fran&#231;ais au cours des 60 derni&#232;res ann&#233;es, et qui, loin d'incarner une l&#233;gislation d'exception, est un r&#233;v&#233;lateur des structures coloniales et de l'exacerbation de leur violence. L'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en avril 1955 afin d'&#233;craser la R&#233;volution alg&#233;rienne dans un contexte o&#249; les pouvoirs sp&#233;ciaux, conf&#233;r&#233;s &#224; six reprises aux gouvernements entre 1954 et 1962, ach&#232;veront de compl&#233;ter cette violence coloniale l&#233;galis&#233;e. Les pouvoirs-sp&#233;ciaux ont d'ailleurs ceci en commun avec l'&#233;tat d'urgence sanitaire qu'ils permettent au gouvernement de prendre toute sorte de d&#233;crets sans avoir &#224; les faire voter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence est de nouveau appliqu&#233; en 1958 puis en 1961-1963 suite aux deux putschs successifs des g&#233;n&#233;raux coloniaux &#224; Alger qui verront d'abord De Gaulle revenir au pouvoir puis instaurer la Ve R&#233;publique, puis permettra entre autres au pr&#233;fet de police Maurice Papon de d&#233;ployer une violence terrible sur les Alg&#233;riens de la r&#233;gion parisienne : rafles, cr&#233;ation d'un centre de d&#233;tention dans le bois de Vincennes, couvre-feu pour les Alg&#233;riens et massacre du 17 octobre 1961.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent oubli&#233;s de cette histoire, les trois &#233;tats d'urgence d&#233;clar&#233;s &#224; l'encontre de r&#233;voltes autochtones dans le Pacifique sont cruciaux pour comprendre le continuum colonial que r&#233;v&#232;le cette loi. Wallis-et-Futuna en 1986, Tahiti-Nui en 1987, et plus important encore, Kanaky-Nouvelle-Cal&#233;donie lors de l'insurrection kanak de 1984-1988, quelques heures apr&#232;s l'assassinat du h&#233;ros kanak Eloi Machoro par le GIGN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus proche de nous, l'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; bien s&#251;r utilis&#233; &#224; l'encontre du soul&#232;vement des quartiers populaires en 2005. Enfin les deux ann&#233;es d'&#233;tat d'urgence &#224; la suite des attentats meurtriers de Saint-Denis et de Paris le 13 novembre 2015 ont permis le d&#233;ploiement de soldats arm&#233;s, mais &#233;galement des milliers de perquisitions et d'assignations &#224; r&#233;sidence dans un d&#233;cha&#238;nement de violences polici&#232;re, administrative et judiciaire islamophobes. L'&#233;tat d'urgence n'a &#233;t&#233; lev&#233; le 1er novembre 2017 qu'apr&#232;s que le gouvernement ait fait passer dans le droit commun la majorit&#233; des mesures d'exception qu'il autorisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence sanitaire emprunte d'abord &#224; son a&#238;n&#233; colonial son mode de fonctionnement institutionnel : le gouvernement peut le d&#233;clarer unilat&#233;ralement pendant 60 jours. Il reprend ensuite la seule mesure majeure &#224; ne pas avoir &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e de l'&#233;tat d'urgence : la possibilit&#233; d'instaurer des couvre-feux. C'est ainsi que l'&#233;tat d'urgence sanitaire permet des &#171; mesures g&#233;n&#233;rales limitant la libert&#233; d'aller et venir, la libert&#233; d'entreprendre et la libert&#233; de r&#233;union &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi est avant tout r&#233;pressive. Elle pr&#233;voit des contraventions et des peines de prison pour les personnes qui ne respectent pas le confinement et les couvre-feux. La peine carc&#233;rale de six mois a d'ailleurs &#233;t&#233; choisie car elle constitue le minimum pour organiser des comparutions imm&#233;diates. Le r&#233;gime punitif, ce sont toujours les m&#234;mes qui en font les frais : les prol&#233;taires, en particulier les personnes non-blanc.he.s dont les familles connaissent tout de la violence de l'&#233;tat d'urgence colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les colonies d'outremers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; un manque d'informations sur les situations en Kanaky-Nouvelle-Cal&#233;donie, &#224; la R&#233;union, &#224; Wallis-et-Futuna ou en Polyn&#233;sie notamment, nous pouvons avancer plusieurs points dans les autres colonies d'outre-mer, en se basant sur la presse et quelques &#233;changes t&#233;l&#233;phoniques avec des personnes de ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le virus y est arriv&#233; plus tard qu'en m&#233;tropole, en provenance de France ou de croisi&#233;ristes. Aujourd'hui, le nombre de cas est limit&#233; en apparence. Le confinement a &#233;t&#233; d&#233;clench&#233; en m&#234;me temps qu'en France mais il est dans une phase plus pr&#233;coce de son d&#233;veloppement. En Martinique, en revanche, l'&#233;pid&#233;mie est plus avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guyane a une fronti&#232;re avec deux voisins : le Surinam, o&#249; la pand&#233;mie semble plut&#244;t bien g&#233;r&#233;e et le Br&#233;sil o&#249; elle se r&#233;pand &#224; grande vitesse &#224; cause des politiques criminelles de Bolsonaro. Les peuples autochtones en for&#234;t sont inquiets, eux qui sont au contact direct avec les r&#233;seaux de trafic (coca&#239;ne et orpaillage, surtout) des pays voisins. D'autant qu'on assiste actuellement a une recrudescence de l'orpaillage ill&#233;gal. En plus des probl&#232;mes habituels de violence et de pollution, le fait que de nombreuses personnes transitent par le Br&#233;sil fait craindre une large contamination. Certains tentent de g&#233;rer sans l'&#201;tat fran&#231;ais &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/SPECIAL-OUTREMER-En-Guyane-l-orpaillage-illegal-s-intensifie-pendant-la-pandemie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en mettant en place des barrages sur les fleuves&lt;/a&gt;, mais ils se heurtent &#224; l'administration coloniale. Le pays ne poss&#232;de que 10 lits en r&#233;animation. En 2017, le soul&#232;vement a port&#233; notamment sur l'exigence de davantage de moyens de sant&#233;. Plusieurs villes &#233;loign&#233;es du littoral n'ont pas d'h&#244;pital accessible, il faut se d&#233;placer en avion ou en pirogue pour de nombreuses heures. L'&#233;tat des prisons est catastrophique. Une mutinerie au d&#233;but de l'&#233;tat d'urgence sanitaire a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par le GIGN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mayotte, il y a seulement 13 lits en r&#233;animation (puis 16 au d&#233;but de crise, alors qu'&#201;douard Philippe en a promis 34) et le syst&#232;me de sant&#233; est d&#233;j&#224; satur&#233;. L'&#238;le &#233;tait d'ailleurs d&#233;j&#224; touch&#233;e par une &#233;pid&#233;mie de dengue quand la pand&#233;mie a commenc&#233;. Les conditions mat&#233;rielles sont difficiles. Beaucoup de gens n'ont pas l'eau courante chez eux (29 % des logements) et de nombreuses personnes, notamment des Comorien.ne.s non-Mahorais.es (et donc &#171; sans-papiers &#187;) vivent dans des villages auto-construits dont la densit&#233; et la pr&#233;carit&#233; les rendent particuli&#232;rement vuln&#233;rables. La r&#233;pression des mouvements migratoires depuis le reste des Comores, d'ores et d&#233;j&#224; militaris&#233; (des milliers de d&#233;tenus et des centaines de morts chaque ann&#233;e) est devenue encore plus agressive. Le CRA est ferm&#233; et les contr&#244;les en mer tr&#232;s dangereux pour les personnes qui utilisent des bateaux de fortune se sont renforc&#233;s (la pr&#233;fecture a d&#233;cid&#233; de ne plus simplement intercepter mais d&#233;sormais &#171; repousser &#187; les embarcations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Guadeloupe, le CHU de Pointe-&#224;-P&#238;tre &#233;tait d&#233;j&#224; en mauvais &#233;tat avant qu'un incendie ne le ravage en 2017. Il n'a pas &#233;t&#233; reconstruit &#224; ce jour et plusieurs services ont d&#251; d&#233;m&#233;nager dans des locaux inadapt&#233;s et souvent insalubres. Plusieurs mobilisations populaires ont eu lieu encore l'&#233;t&#233; dernier, &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/120819/au-chu-de-pointe-pitre-la-crise-sociale-s-incruste?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; l'initiative notamment des syndicats ind&#233;pendantistes&lt;/a&gt;. Le pays est &#233;galement touch&#233; par des coupures d'eau &#224; cause d'un syst&#232;me de distribution v&#233;tuste et non entretenu, ce qui rend le confinement encore plus difficile. Le puissant syndicat ind&#233;pendantiste UGTG a assign&#233; l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) en r&#233;f&#233;r&#233; au Tribunal administratif pour qu'elle commande des masques, des tests et de la chloroquine. Le Tribunal a donn&#233; raison &#224; l'UGTG16 mais &lt;a href=&#034;https://la1ere.francetvinfo.fr/coronavirus-conseil-d-etat-chu-guadeloupe-tribunal-administratif-chloroquine-tests-819656.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#201;tat a fait appel&lt;/a&gt; et a obtenu gain de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la R&#233;union, des &lt;a href=&#034;https://www.temoignages.re/politique/sante/coronavirus-la-france-fournit-des-masques-moisis-aux-soignants-a-la-reunion,97504&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;masques moisis&lt;/a&gt; recouverts d'une couche verd&#226;tre ont &#233;t&#233; livr&#233;s. La gestion de la crise se militarise par endroits et beaucoup de couvre-feux ont &#233;t&#233; mis en place : &lt;a href=&#034;https://www.cnews.fr/france/2020-04-02/la-guadeloupe-et-la-martinique-instaurent-un-couvre-feu-942986&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en Martinique, en Guadeloupe&lt;/a&gt;, en Guyane, &lt;a href=&#034;https://www.rtbf.be/info/monde/detail_coronavirus-en-polynesie-francaise-la-vente-d-alcool-interdite-et-le-couvre-feu-proclame?id=10475547&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en Polyn&#233;sie&lt;/a&gt;&#8230; En subissent les cons&#233;quences plus particuli&#232;rement, les personnes dont le mode de vie d&#233;pend de la rue (&lt;a href=&#034;https://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/faits-divers/en-patrouille-avec-la-bac-pour-faire-respecter-le-couvre-feu-568383.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;deal et travail du sexe notamment&lt;/a&gt;). &#192; Mayotte, d&#233;sormais, les agents de s&#233;curit&#233; de l'&#233;ducation nationale pourront &#234;tre &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041789706&amp;dateTexte=&amp;categorieLien=id&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;arm&#233;s&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux portes-h&#233;licopt&#232;res ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s, le premier dans l'Oc&#233;an indien (il vient d'arriver &#224; Mayotte) et le second dans la Cara&#239;be (il devrait y &#234;tre le 14 avril). On a d'abord cru &#224; des navires-h&#244;pitaux, avec des m&#233;decins et des lits, mais &#231;a ne sera finalement pas le cas. Comme pour le reste de l'op&#233;ration &#171; R&#233;silience &#187;, cette force militaire a pour missions &#171; la prise en charge m&#233;dicale &#187;, &#171; la protection de la population &#187; mais &#233;galement un &#171; soutien aux forces de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#187;. La communication du minist&#232;re de la D&#233;fense insiste d&#233;sormais sur la d&#233;monstration de la capacit&#233; militaire de ces navires de guerre, finalement d&#233;pourvus de moyens m&#233;dicaux. La m&#234;me chose peut &#234;tre observ&#233;e dans le d&#233;ploiement d'un avion militaire A400M en Polyn&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce durcissement s&#233;curitaire, on observe diverses formes de r&#233;sistances et d'organisation. La Martinique a obtenu que des m&#233;decins cubains puissent &#234;tre envoy&#233;s dans les colonies d&#233;partementalis&#233;e de la Cara&#239;be (Guyane, Guadeloupe, Saint-Martin, Saint Barth&#233;l&#233;my et Martinique), ce qui r&#233;inscrit ces pays dans leur espace g&#233;ographique. Il existe &#233;galement une forme de mobilisation populaire en Guyane et Guadeloupe autour du tambour traditionnel, &#233;l&#233;ment politique important des mobilisations habituelles. Ces cultures sont issues des r&#233;sistances &#224; l'esclavage. Les chants qui accompagnent le Gwoka de Guadeloupe, par exemple, ont tr&#232;s souvent un contenu politique explicite. La place des &#171; groupes &#224; po &#187; qui le jouent &#233;tait centrale, par exemple lors de la mobilisation du LKP en 2009, autant parce qu'ils jouaient lors des manifestations que comme lieu d'organisation. Les mouvements culturels et ind&#233;pendantistes appellent les gens &#224; &lt;a href=&#034;https://twitter.com/ArmandACHILLE/status/1246884758119952385&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;jouer le soir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Globalement, ce moment est un r&#233;v&#233;lateur de la situation coloniale. C'est d'une entit&#233; administrative situ&#233;e &#224; des milliers de kilom&#232;tres que d&#233;pendent des d&#233;cisions sanitaires imm&#233;diates. Dans des &#233;conomies grandement d&#233;pendantes de la France et de l'Europe, d'o&#249; viennent la plupart des denr&#233;es, le ralentissement des approvisionnements est aussi l'opportunit&#233; de red&#233;velopper une production locale ind&#233;pendante. Dans un live de Mediapart, un journaliste relayait qu'en Polyn&#233;sie cet isolement est &#171; vu comme une chance, qui les prot&#232;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, c'est aussi un certain &#171; pacte colonial &#187; qui est d&#233;l&#233;gitim&#233; : la France a l'habitude de justifier son emprise par les &#171; bienfaits &#187; de sa pr&#233;sence et, en particulier, les moyens de sant&#233; qu'elle apporterait. Aujourd'hui, cette argumentation vole en &#233;clat. Non seulement la puissance coloniale fournit des moyens largement insuffisants, &#233;talant au grand jour tout son m&#233;pris des personnes qui vivent dans ces pays, mais elle est aussi la source directe du probl&#232;me, puisque les cas de coronavirus ont tous &#233;t&#233; import&#233;s de France et sa gestion calamiteuse, parfois pire que les voisins g&#233;ographiques des colonies, am&#232;ne un risque aggrav&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement souligne la structure coloniale de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise mais il l'essouffle en m&#234;me temps d'une certaine mani&#232;re, car dans les formes de r&#233;sistances et d'auto-organisation populaire mises en place pour survivre, la question de l'ind&#233;pendance et de l'autonomie rena&#238;t n&#233;cessairement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/jpg/colonies.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH375/colonies-0206b.jpg?1667695125' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans les quartiers populaires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e en mettant en commun le travail de veille de militants de quartiers et de l'immigration et de comit&#233;s et collectifs contre les violences polici&#232;res et le racisme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me le confinement et tout au long de son d&#233;ploiement, les brutalit&#233;s polici&#232;res se sont concentr&#233;es sur les quartiers populaires et leurs habitants pauvres et non-blancs. Le 17 mars, &#224; Torcy (77), un jeune homme est tabass&#233; par 7 flics, re&#231;oit un coup de poing &#224; la poitrine, il est taz&#233;, subit un plaquage ventral et une clef d'&#233;tranglement. &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/deux-menaces-pesent-sur-les&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 18 mars 2020, &#224; la Goutte d'Or&lt;/a&gt; (quartier populaire de Paris), une adolescente noire de 17 ans est interpell&#233;e violemment par plusieurs policiers dans un march&#233; populaire. &lt;a href=&#034;https://www.rue89strasbourg.com/koenigshoffen-jeune-homme-frappe-par-des-policiers-171734&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 18 mars 2020, quartier Hohberg &#224; Koenigshoffen&lt;/a&gt;, Sofiane, 19 ans, est pris en chasse en voiture par une unit&#233; de police nationale. Une autre le poursuit &#224; l'int&#233;rieur de son quartier. Il sort du v&#233;hicule, l&#232;ve les mains en l'air, des policiers le mettent &#224; terre et le frappent. Sofiane explique avoir re&#231;u des coups de pieds alors qu'il &#233;tait &#224; terre et des insultes. Il est emmen&#233; au commissariat o&#249; il re&#231;oit encore des coups puis il est mis en garde-&#224;-vue 24h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mars 2020, &#224; Aubervilliers, Ramatoulaye, 19 ans, sort faire des courses pour nourrir son enfant aux alentours de 16h, munie de son attestation de d&#233;placement manuscrite. Accompagn&#233;e de son petit fr&#232;re de 7 ans, au retour du supermarch&#233;, elle tombe sur 8 policiers. &#171; Tout de suite, ils se mettent &#224; m'insulter devant mon petit fr&#232;re &#187;. Les policiers portent un coup de Taser en pleine poitrine de Ramatoulaye qui s'effondre sous le choc. &#171; Dans le camion, ils ont continu&#233; &#224; me donner, cette fois-ci, des coups de pieds en me disant que j'&#233;tais une &#171; petite merde &#187; &#187;. La jeune femme est mise 1h en cellule. Le 23 mars aux Ulis (Essonne), Yassin sort acheter du pain, il a son attestation. &#171; Ils m'ont m&#234;me pas demand&#233; l'attestation. Ils m'ont saut&#233; dessus direct. Ils criaient &#171; on va vous apprendre &#224; respecter le confinement &#187; &#187; explique-t-il. Selon lui ce sont des unit&#233;s &#171; venues d'ailleurs &#187; qui se rendent responsables des violences contre &#171; tout le monde &#187; dans le quartier, tandis que la BAC traditionnelle ciblait jusque-l&#224;, &#171; seulement &#187; certaines cat&#233;gories de jeunes. &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/au-nom-du-coronavirus-l-etat-met-en-place-la-societe-de-controle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 24 mars, encore aux Ulis&lt;/a&gt; (Essonne), Sofiane, livreur de 21 ans, se rend &#224; son travail. Il a oubli&#233; son attestation et prend la fuite devant les policiers. Il est rattrap&#233; et tabass&#233; par des agents de la BAC qui l'emm&#232;nent sous un porche pour le d&#233;foncer &#224; l'abri des cam&#233;ras. &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/VIDEO-135-euros-d-amende-insultes-racistes-un-employe-de-Sante-Publique-temoigne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 30 mars &#224; Aulnay-sous-Bois&lt;/a&gt;, un employ&#233; de Sant&#233; Publique rentre chez lui. La police le contr&#244;le, et sous pr&#233;texte qu'il manque la date de naissance sur son attestation, prof&#232;re des insultes racistes et lui met une amende de 135 euros et 7 points sur son permis. Le 4 avril 2020, Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), l'interpellation d'une personne en moto par la police, des affrontements ont lieu. Des videos montrent des policiers tirer au LBD et lancer des grenades contre une quinzaine de personnes qui jettent des projectiles. (14 tirs de LBD et un tir de Cougar selon la presse). Une fillette de 5 ans qui se promenait avec son p&#232;re, est touch&#233;e en pleine t&#234;te par une balle de caoutchouc, elle est emmen&#233;e en r&#233;animation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sc&#232;nes de violences polici&#232;res ont &#233;t&#233; observ&#233;es &#224; Grigny, Torcy (Seine et Marne), Ivry et Villeneuve-Saint-Georges (Val de Marne), Asni&#232;res sur Seine (92). On rel&#232;ve chaque fois des gazages, tabassages, emplois de LBD et Tasers, ainsi que des vols et destructions de biens dans les campements comme &#224; Saint-Denis. Alors que ces violences d'&#201;tat semblent s'inscrire exactement dans la continuit&#233; des pratiques polici&#232;res en banlieue, les videos et les r&#233;cits montrent un d&#233;ferlement particuli&#232;rement arbitraire de brimades et coercitions comme dans les moments d'occupation polici&#232;res lors de r&#233;voltes suite &#224; des crimes policiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces violences, des r&#233;voltes prennent effectivement forme dans plusieurs quartiers o&#249; l'on constate des affrontements avec la police comme &#224; La Duch&#232;re (Lyon) le 16mars, &#224; Trappes du 17au 19mars, &#224; Clichy-sous-bois le 26 mars, &#224; Chanteloup les Vignes le 4 avril, puis &#224; Mantes-la-Jolie, Saint-Germain et aux Mureaux le 5avril. Les habitant.e.s des quartiers populaires mettent aussi en pratique une multiplicit&#233; de formes d'auto-organisation sur le mode de la maraude, pour organiser la solidarit&#233; aupr&#232;s des plus d&#233;munis, des ancien.ne.s et des isol&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines mesures juridiques d'exceptions, comme les couvre-feux, sont mises en place principalement dans les territoires coloniaux et dans les quartiers populaires en France. Ils ont bien entendu une fonction r&#233;pressive et oppressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers l'instrumentalisation de la crise sanitaire, le pouvoir policiers exp&#233;rimente tout ce qu'il peut, notamment en termes de technologie de surveillance. On observe ainsi monter en puissance des formes de contr&#244;le policier sens&#233;es toucher &#171; toute la population &#187; comme l'usage de drones (Nice, Paris, Ajaccio, Montpellier, Lyon) et d'h&#233;licopt&#232;res. &#192; Nantes, un appareil dot&#233; d'une cam&#233;ra de vision nocturne d&#233;tectant les corps quadrille ainsi le territoire de jour comme de nuit. En p&#233;riph&#233;rie de Toulouse, des h&#233;licos contribuent &#224; interdire certaines zones aux passants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apr&#232;s 15 jours de confinement, les 2 millions d'habitants qui vivent sous couvre-feu, les 6 millions de contr&#244;les et 359 000 proc&#232;s verbaux dress&#233;s et l'immense majorit&#233; des personnes qui ont subi des coercitions polici&#232;res sont des habitant.e.s de quartiers populaires et des territoires colonis&#233;s, non-blancs et de condition populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe ainsi une continuit&#233; et un approfondissement des discrimination racistes, sexistes, capitalistes et autoritaires dans le confinement. Il existe un lien historique et sociologique entre les couvre-feux mis en place dans les (ex)-colonies et dans les quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut parler d'expansion des domaines de la colonialit&#233; et de la surviolence. Dans les quartiers populaires, cela passe notamment par des logiques d'interdiction de la rue et de contr&#244;le total des d&#233;placements par le d&#233;ploiement d'unit&#233;s polici&#232;res de chasse et de capture. Il s'agit notamment d'encadrer l'approfondissement de la mise en d&#233;pendance. Toute l'auto-organisation de survie &#233;conomique qui se fait dans la rue et dans le quartier a &#233;t&#233; suspendue. On voit que le capitalisme para-&#233;tatique des drogues a su am&#233;nager rapidement sa continuit&#233; dans le capitalisme de confinement. Comme dans les ann&#233;es 1980 avec le carnage de l'h&#233;ro&#239;ne, les habitants des quartiers populaires sont profond&#233;ment touch&#233;s par l'&#233;pid&#233;mie mais trait&#233;s comme des menaces plut&#244;t que des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement est nivel&#233;, hi&#233;rarchis&#233;, structur&#233; par et pour reproduire le socio-apartheid, il s'agit de prot&#233;ger les dominants tout en traitant les &#171; populations en danger &#187; comme des &#171; populations dangereuses &#187;, comme le disait d&#233;j&#224; La Rumeur &#224; l'&#233;poque. On observe des in&#233;galit&#233;s parmi les confin&#233;.e.s, des in&#233;galit&#233;s entre les confin&#233;.e.s et celle.ux qui sortent, des in&#233;galit&#233;s parmi celles et ceux qui doivent sortir&#8230; L'immense majorit&#233; des personnes forc&#233;-e-s de travailler et laiss&#233;es sans mat&#233;riel de protection sont des femmes : infirmi&#232;res, caissi&#232;res, assistantes maternelles, femmes de m&#233;nage, ouvri&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les quartiers populaires, les dominations continuent de se conjuguer &#224; l'int&#233;rieur du confinement et l'intensification des in&#233;galit&#233;s est encadr&#233;e par des formes toujours plus pouss&#233;es d'arbitraire et de violence polici&#232;res. Ces derni&#232;res s'opposent historiquement &#224; l'existence de pratiques d'entraide et d'autonomisation populaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/png/la-tension-est-palpable.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH250/la-tension-est-palpable-ec84e.png?1667695125' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans les prisons et les CRA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour enqu&#234;ter sur les prisons et les CRA (prisons pour &#233;tranger.e.s sans-papiers), un groupe s'est constitu&#233;, compos&#233; d'anciens prisonniers, de proches et de militants anti-carc&#233;raux, en lien avec des prisonniers dans plusieurs prisons de France. Il a r&#233;colt&#233; un tr&#232;s grand nombre de donn&#233;es sur les violences sanitaires et r&#233;pressives qui se sont abattues sur les prisonniers et sur les r&#233;sistances qu'ils ont mises en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le samedi 14 mars, un premier cas de prisonnier positif au Covid-19 est reconnu &#224; la prison de Fresnes o&#249;, comme ailleurs, aucune disposition n'a &#233;t&#233; prise pour prot&#233;ger les prisonniers. Seul les quelques matons ont le droit &#224; des masques, des gants et du gel d&#233;sinfectant. L'administration p&#233;nitentiaire s'est d'ailleurs bien gard&#233;e de diffuser cette information. L'acc&#232;s aux parloirs ainsi que les activit&#233;s sociales et culturelles ont &#233;t&#233; suspendues dans toutes les prisons fran&#231;aises. Pour r&#233;sister &#224; ces mesures drastiques, les prisonniers ont mis en place des pratiques de solidarit&#233;s et de r&#233;sistances. Le 15 mars, le centre p&#233;nitentiaire de Metz-Queuleu a &#233;t&#233; bloqu&#233; en signe de protestation. Le 17 mars au matin, une soixantaine de prisonniers de la prison de Grasse (dans les Alpes maritimes) &lt;a href=&#034;https://www.ladepeche.fr/2020/03/17/coronavirus-plus-de-parloirs-plus-de-visites-les-prisons-sont-sous-tension,8805488.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ont envahi un b&#226;timent&lt;/a&gt; : &#171; Deux groupes ont r&#233;ussi &#224; se rejoindre en cassant des portes. Ils se trouvent d&#233;sormais dans des zones interm&#233;diaires de la prison. Certains essaient de monter sur les toits et de jeter des pierres sur les surveillants. Des tirs de sommation ont &#233;t&#233; effectu&#233;s pour tenter de contenir le mouvement &#187;, indique alors Philippe Abime, d&#233;l&#233;gu&#233; FO Prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les &#233;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233; de l'administration p&#233;nitentiaire (ERIS) sont intervenues et ont ouvert le feu avec leurs armes de service, pour effectuer des tirs de sommation et obliger les d&#233;tenus &#224; regagner leurs cellules. Le m&#234;me jour &#224; Perpignan, une centaine de d&#233;tenus ont refus&#233; de r&#233;int&#233;grer leurs cellules en bloquant la promenade et ont affront&#233; les ERIS. La m&#234;me sc&#232;ne s'est reproduite dans les prisons de Maubeuge (Hauts-de-France) et de la Sant&#233; (Paris 14&#232;me) o&#249; des blocages ont eu lieu le 22 et le 23 mars. D'autres blocages ont &#233;t&#233; organis&#233;s &#224; Valence et &#224; Angers, ou encore &#224; la prison de Seysses &#224; Toulouse tout le reste de la semaine. Le 19 mars en fin d'apr&#232;s-midi, dans trois &#233;tablissements de la r&#233;gion Rh&#244;ne Alpes (Lyon-Corbas, Aiton et Grenoble) les prisonniers ont refus&#233; de r&#233;int&#233;grer leurs cellules, les ERIS sont intervenus pour mater la r&#233;sistance, &#224; l'aide de la gendarmerie, &#233;quip&#233;e de tenues de gendarmes mobiles anti-&#233;meutes et d'armes &#224; feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mars, un homme est mort du Covid-19 dans la prison de Fresnes, cons&#233;quence logique du fait qu'aucune mesure sanitaire n'a &#233;t&#233; prise pour prot&#233;ger les d&#233;tenus de la propagation du virus. La chancellerie a eu l'ind&#233;cence d'&lt;a href=&#034;https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/val-de-marne-le-prisonnier-de-fresnes-atteint-du-coronavirus-est-mort-7800273397&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;annoncer&lt;/a&gt; &#171; qu'il &#233;tait &#226;g&#233; et tr&#232;s vuln&#233;rable, avec des probl&#232;mes de sant&#233;. Il &#233;tait diab&#233;tique &#187; comme si cela excusait et l&#233;gitimait l'absence de mesures de protection prises par les &#233;tablissements p&#233;nitentiaires et par l'&#201;tat, ainsi que les probl&#233;matiques r&#233;currentes li&#233;es &#224; la surpopulation et aux conditions de vies p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'une autre organisation aurait d&#251; &#234;tre mise en place en renfor&#231;ant et en appliquant strictement les mesures d'hygi&#232;ne, sans se limiter &#224; des mesures per&#231;ues comme une double peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les centres de r&#233;tention administrative la situation n'est pas diff&#233;rente. Une gr&#232;ve de la faim est en cours depuis mardi soir au Mesnil-Amelot (31 mars 2020), avec un d&#233;part de feu, des tentatives d'&#233;vasions et des blocages collectifs. Sans doute par int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, les CRA de Palaiseau et de Plaisir sont d&#233;sormais vides mais les prisonniers ont &#233;t&#233; envoy&#233;s ailleurs et continuent d'&#234;tre d&#233;port&#233;s vers les quelques destinations pour lesquelles il y a encore des vols. L'&#201;tat poursuit m&#234;me sa politique de rafle et d'enfermement (notamment de livreurs &#224; v&#233;lo), comme c'est le cas au Mesnil-Amelot. Comme K., prisonnier du Mesnil-Amelot, le souligne, d'un c&#244;t&#233; l'administration p&#233;nitentiaire annonce des lib&#233;rations de prisonniers en fin de peine pour &#171; d&#233;sengorger &#187; les prisons (comme mesure d'urgence), mais de l'autre c&#244;t&#233; de nombreux prisonniers passent directement de la prison aux CRA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus d'infos sur les luttes contre les CRA et toutes les prisons, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le communiqu&#233; &#233;crit par les retenus du CRA 3 de Mesnil-Amelot en gr&#232;ve de la faim depuis avant-hier soir : &#171; Nous sommes retenus du CRA de Mesnil- Amelot au CRA 3. L&#224; on est en gr&#232;ve de la faim, on mange pas. Le CRA 2 est aussi en gr&#232;ve de la faim, le CRA 1 de Vincennes aussi et le CRA de Lyon et celui de Lille il para&#238;t. Il y a rien ici il y a que la police qui nous enferme. Avec le virus pas de visite au m&#233;decin, il s'en fout, et les policiers trainent dans les couloirs sans masque. Aujourd'hui on a parl&#233; avec le chef du CRA, il a dit on s'en fout faites ce que vous voulez. Maintenant il y a les CRS devant le centre. La plupart des a&#233;roports ferment , les avions sont coup&#233;s , pourquoi on est encore l&#224; ? On est comme des animaux enferm&#233;s comme en prison sans qu'ils nous expulsent et sans n'avoir rien commis , et ca pendant 3 mois. Il reste que quelques pays avec des avions et ils continuent d'expulser. Il para&#238;t qu'il y a des CRA o&#249; des gens ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s, mais nous on sait pas on est toujours enferm&#233;s et en plus ils ram&#232;nent encore des nouveaux prisonniers, aujourd'hui m&#234;me, c'est pas normal. Au r&#233;fectoire, on &#233;tait &#224; 50 personnes dans la m&#234;me salle. La Cimade et l'Offi c'est ferm&#233; donc nous on est au courant de rien. Pas non plus de nettoyage, si &#231;a continue on va faire nous m&#234;me mais sans produits ou protection.Vraiment on nous a oubli&#233; ici, avec le virus l'&#201;tat pense &#224; autre chose, le pr&#233;fet nous a oubli&#233;. Besoin de mobilisation au maximum pour la libert&#233; pour tout.e. s. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici un texte du camarade K, depuis le CRA du Mesnil-Amelot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aimerais parler du centre de r&#233;tention du Mesnil-Amelot, o&#249; c'est tr&#232;s compliqu&#233;. Les gens ne viennent pas nettoyer, les salles de bains et les chambres sont extr&#234;mement sales. Concernant le virus, qui court partout, nous voyons qu'il n'y a pas de protection pour les prisonniers ni pour les policiers. Pas de gants, pas de masques, sans rien. Il n'y a pas d'hygi&#232;ne ici. La privation de libert&#233; est sans respect. Ils te traitent mal, comme si tu &#233;tais un chien, comme si tu venais d'une autre plan&#232;te. Il y a seulement de l'irrespect envers les prisonniers, et de la violence. Concernant la nourriture, il y a des bagarres. C'est oblig&#233; de manger, mais &#224; cause de la tension les gens se battent. &#199;a me para&#238;t incompr&#233;hensible, il n'y a pas d'hygi&#232;ne mais on doit quand m&#234;me manger tous ensemble en m&#234;me temps. La majorit&#233; ici, on vient de prison. Nous avons fait notre peine. Je pensais que le probl&#232;me &#233;tait r&#233;gl&#233;, mais ils m'ont emmen&#233; au centre. &#199;a me para&#238;t ill&#233;gal. Ils me mettent les menottes comme si je purgeais encore ma condamnation. Ils m'ont expliqu&#233; toutes les r&#232;gles : mais ici c'est pire que la prison. En prison, il y a plus d'hygi&#232;ne, plus de s&#233;curit&#233; et de tranquillit&#233;. Dans l'autre b&#226;timent ils ont essay&#233; de br&#251;ler leurs matelas car &#231;a fait deux mois qu'ils sont ici et leur demande de mise en libert&#233; a &#233;t&#233; rejet&#233;e. Il y a trop de discrimination de la part des agents, qui sont racistes. La majorit&#233; ici sont arabes, ils traitent mal les arabes, ils les discriminent beaucoup. Il y a &#233;norm&#233;ment de probl&#232;mes &#224; cause du stress, d'attendre de voir les juges, les gens attendent deux mois d'&#234;tre lib&#233;r&#233;s, et ils les rejettent, &#233;norm&#233;ment d'angoisse pour tout le monde. Le rejet des juges est difficile, on ne sait pas au tribunal ce qu'il dit car il n'y a pas de traduction. Ils te rendent un papier avec la r&#233;ponse, ils te disent seulement &#171; Rejet&#233; &#187;. Il y a beaucoup d'incompr&#233;hension, ce qui cr&#233;e de la tension et de la violence. Concernant les v&#234;tements : les visites sont interdites, les gens ont peu de v&#234;tements, les gens de la laverie ne viennent pas travailler, nous lavons nos v&#234;tements &#224; la main. Il n'y a aucune hygi&#232;ne. Tu peux te doucher, mais tous les matins ils ferment les douches pour changer le shampoing et tout, c'est tr&#232;s g&#234;nant. La premi&#232;re chose qu'on veut c'est la libert&#233;. On demande la compr&#233;hension, nous sommes extr&#234;mement fatigu&#233;s de la condamnation en prison, mais cette privation de libert&#233; c'est pire. Je ne comprends pas pourquoi ils envoient ici des gens qui ont des papiers, des cartes de s&#233;jour, des demandes d'asiles, des adresses et des attestations d'h&#233;bergement. Comme tu sors de prison, ils t'envoient ici. Ce matin, 15 personnes sont arriv&#233;es ici sortant directement de prison. C'est incompr&#233;hensible ! C'est une condamnation dans la condamnation, une double peine, mais en pire, car l'endroit est trop sale et horrible, le pire. Je ne sais pas ce que les gens peuvent faire. Qu'ils viennent voir comment on vit ici, comme des chiens. Qu'ils voient les chambres, les salles de bain, l'ins&#233;curit&#233; ici, plus que tout en ce moment &#224; cause du virus. Le minist&#232;re de la justice a soi-disant lib&#233;r&#233; les fins de peine des prisons, mais ils t'envoient ici. Le minist&#232;re de la justice est le plus raciste de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libert&#233;, solidarit&#233;, respect, dignit&#233; pour tous, car nous sommes tous humains et tous &#233;gaux, ce n'est pas car nous avons commis des erreurs que nous sommes des mauvaises personnes. Nous ne m&#233;ritons pas ce traitement. Nous voulons la libert&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prison, tout doit toujours &#234;tre pire. Ainsi, si partout, tout est enferm&#233;, il faut, pour l'&#201;tat, r&#233;inventer des formes d'enfermement plus drastique ; si des libert&#233;s individuelles sont limit&#233;es, il faut repenser une forme de privation de libert&#233; plus f&#233;roce. Parce que c'est cet espace-temps d'enfermement-l&#224;, la prison, qui donne aux lois et au droit son fondement. La punition, av&#233;r&#233;e ou fictive, livre autorit&#233; au droit. Le droit est un moyen de l'appareil r&#233;pressif ; la r&#233;pression donne autorit&#233; &#224; l'&#201;tat. C'est pourquoi, dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, il est n&#233;cessaire de se questionner sur les prisons et de remettre en cause plus que jamais, et de mani&#232;re plus virulente encore, leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence sanitaire est un cadre l&#233;gal d&#233;rogatoire du droit commun. Or, la prison, c'est d&#233;j&#224; une exception juridique. Les r&#232;gles qui s'y appliquent sont d&#233;j&#224; d&#233;rogatoires du droit commun. Comment s'applique l'&#233;tat d'urgence sanitaire dans les prisons, alors m&#234;me que d'ordinaire, elles sont plong&#233;es dans une sorte d'&#233;tat d'urgence permanent ? En &#233;tat d'urgence sanitaire, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es par les discours et les d&#233;cisions institutionnelles comme des citoyens de droit commun, les personnes incarc&#233;r&#233;es souffrent de multiples peines imbriqu&#233;es. Comme d'une part, la n&#233;gation &#224; peine masqu&#233;e de leur r&#233;alit&#233; &#8211; par exemple, tous les lieux accueillant du public ont &#233;t&#233; limit&#233;s et/ou ferm&#233;s, sauf les prisons. Elles continuent m&#234;me d'accueillir de nouvelles personnes (puisque le non-respect de certaines mesures sont passibles de peines de prison). D'autre part, un exercice diff&#233;renci&#233; de la violence d'&#233;tat : une r&#233;pression forte m&#234;me en l'absence de toute mesure de s&#233;curit&#233; sanitaire. C'est comme &#231;a qu'on voit dans le m&#234;me temps, des ERIS arm&#233;s (notamment de fusils &#224; pompe), et des surveillants sans gants ni masques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant l'annonce du confinement g&#233;n&#233;ralis&#233;, plusieurs personnes en fin de peine se sont vues octroyer des libert&#233;s conditionnelles, voire des lib&#233;rations anticip&#233;es, alors m&#234;me qu'elles leur avaient syst&#233;matiquement &#233;t&#233; refus&#233;es jusqu'&#224; lors. Notamment, des d&#233;tenus consid&#233;r&#233;s comme &#171; &#233;l&#233;ments perturbateurs &#187; du fait des actions de r&#233;sistances qu'ils avaient men&#233;s en prison quelques semaines plus t&#244;t. Difficile de ne pas y voir une corr&#233;lation nette avec l'arriv&#233;e de l'&#233;tat d'urgence sanitaire et la pr&#233;occupation des administrations p&#233;nitentiaires au regard de ce qu'il s'&#233;tait pass&#233; dans les prisons italiennes : &#171; ils ont fait pass&#233; des trucs pour faire sortir les fins de peine parce qu'ils avaient peur &#187;, parole d'ancien d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence en prison se pr&#233;pare &#8211; c'est-&#224;-dire que l&#233;galement, on est face &#224; des choix et des non-choix rationnels qui ne comportent aucune inconnue. Il n'y a ni surprise, ni ph&#233;nom&#232;ne inattendu. Les &#171; autorit&#233;s comp&#233;tentes &#187; agissent en connaissance de cause. Ce qui signifie qu'elles sont pleinement responsables de tout ce qui se passe en prison, notamment pendant l'&#233;tat d'urgence sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que dans son allocution du 16 mars, Macron recommande de profiter de ce temps de confinement pour se retrouver en famille, l'ensemble des administrations p&#233;nitentiaires annoncent la r&#233;duction puis l'interdiction des parloirs les unes apr&#232;s les autres. Le parloir en &#233;tat de non-urgence sanitaire, est d&#233;j&#224; un service minimum assur&#233; &#224; son seuil le plus bas. Et souvent assortis de contraintes mat&#233;rielles p&#233;nibles, comme devoir faire des heures de routes pour 45 minutes d'entrevue. Or, il n'en reste pas moins une fen&#234;tre hors les barreaux, un espace de sortie dans un lieu d'enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfermement dans les lieux d'enfermement, c'est avant tout couper l'acc&#232;s aux rares espaces de sorties int&#233;rieures : parloirs, activit&#233;s, promenades. Si l'on en croit la condamnation de la France par la CEDH le 30 janvier 2020 pour ses conditions indignes de d&#233;tention, l'&#233;tat d'urgence sanitaire en prison, c'est de la violation continue et p&#233;renne des droits les plus &#233;l&#233;mentaires des personnes d&#233;tenues. Ajoutons &#224; cela les difficult&#233;s, voire l'impossibilit&#233; de cantiner, la non-suspension des fouilles &#224; nu (ou alors tardives), l'acc&#232;s aux soins m&#233;dicaux d'ordinaire p&#233;rilleux, tendance qui s'aggrave du fait de la pand&#233;mie &#8211; on se retrouve, aujourd'hui, en prison, face &#224; des mitards g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Toute la prison devient le mitard, suit ses r&#232;gles, c'est-&#224;-dire ses non-r&#232;gles. &#192; l'int&#233;rieur de la prison, on a cr&#233;&#233; du pire (la prison dans la prison), ce pire &#233;tant liss&#233; &#224; l'ensemble des b&#226;timents, il instaure de facto un nouveau degr&#233; de violence carc&#233;rale : la mise en danger permanente de la vie des individus. Donc l&#233;galement, on fait face &#224; un crime &#233;tatique organis&#233; : laisser les prisons se transformer en mouroir en ne prenant pas les mesures n&#233;cessaires &#224; la non-propagation du virus et &#224; la non-contamination, c'est mettre en danger la vie d'autrui, c'est condamner &#224; mort des individus. La peine de mort est l&#233;galement abolie en France depuis 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendications des d&#233;tenus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous voulons un d&#233;pistage au cas par cas pour chaque d&#233;tenu et membre de l'administration p&#233;nitentiaire. Nous voulons que les agents p&#233;nitentiaires soient &#233;quip&#233;s de masque car c'est eux qui rentrent et sortent de la prison. Nous voulons plus d'informations sur cette situation : cantine/parloir/sac de linge. Nous voulons du gel d&#233;sinfectant et des masques pour chaque d&#233;tenu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les transferts (par exemple, transferts massifs des prisonniers d'Uzerche suite aux mutineries vers pas moins de cinq prisons diff&#233;rentes), ni les incarc&#233;rations n'ont &#233;t&#233; suspendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les surveillants continuent d'aller et venir &#224; l'ext&#233;rieur sans que les mesures n&#233;cessaires ne soient prises &#224; leur non-virulence. Un d&#233;tenu est mort &#224; Fresne le 16 mars 2020, d'autres sont contamin&#233;s, d'autres pr&#233;sentent les sympt&#244;mes. Dans cet &#233;tat de violence manifeste, les d&#233;tenus s'organisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;voltes ont lieu dans plusieurs prisons de France et, comme toujours, le gouvernement y apporte d'une part, la r&#233;ponse de la r&#233;pression : intervention des ERIS dans la majeure partie des prisons (sans doute dans toutes), tirs (notamment &#224; Uzerche), hagra g&#233;n&#233;rale. D'autre part, les autorit&#233;s organisent un chantage &#224; la paix sociale. &#171; Il sera tenu compte de cette situation exceptionnelle lors de l'examen des r&#233;ductions suppl&#233;mentaires de peines. Il pourra &#234;tre notamment envisag&#233; d'octroyer la totalit&#233; de RSP aux d&#233;tenus ayant adopt&#233; un comportement calme et respectueux durant cette p&#233;riode, &#224; compter du 13 mars 2020 et jusqu'au terme de la crise &#187;. (selon un courrier envoy&#233; le 23 mars 2020 par la cour d'appel de Poitiers, le Tribunal judiciaire de La Roche sur Yon et le service d'application des peines, aux directeurs des maisons d'arr&#234;t de La Roche sur Yon et de Fontenay-Le-Comte.)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/jpg/cra.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH333/cra-e3d2e.jpg?1667695125' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans les foyers d'immigr&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette partie de l'enqu&#234;te a &#233;t&#233; men&#233;e sous forme d'auto-enqu&#234;te par des Gilets Noirs aupr&#232;s des membres du mouvement, habitants d'une trentaine de &#171; foyers de travailleurs migrants &#187; (terme utilis&#233; par l'&#201;tat) en Ile-de-France. Les Gilets Noirs s'organisent pour distribuer du mat&#233;riel d'hygi&#232;ne, et s'assurent que les gestes barri&#232;res et les informations sont comprises. Les Gilets Noirs expliquent &#233;galement ce qu'il faut faire si quelqu'un est malade (isolement, appel au 15, pr&#233;venir les autres camarades Gilets Noirs dans et hors du foyer). Enfin, ils en profitent &#233;galement pour se partager les informations entre foyers sur la situation &#224; l'int&#233;rieur de chaque foyer : comportement du gestionnaire et du g&#233;rant, logement, sant&#233;, travail, et r&#233;pression, &#224; l'aide, de discussions entre camarades autour de questions simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le foyer, est-ce que les bailleurs sont toujours pr&#233;sents ? Donnent-ils des instructions sanitaires, des produits d'hygi&#232;ne ? Les salles communes sont-elles ouvertes ? Comment est-ce que les gens paient leur loyer ? Y a-t-il des contr&#244;les policiers autour et/ou dans le foyer ? Est-ce que les gens continuent &#224; travailler ? Si oui, dans quel secteur ? Si non, touchent-ils un ch&#244;mage partiel ? Quelles sont les diff&#233;rences et les similarit&#233;s, pour le confinement, entre les camarades qui ont des papiers et ceux qui n'en n'ont en pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les foyers, il n'y a eu g&#233;n&#233;ralement aucune mesure prise pour faire face &#224; l'urgence sanitaire n'ont eu lieu de la part des gestionnaires : ADEF, COALLIA, ADOMA, H&#233;n&#233;o. Dans de rares foyers, existent quelques affiches en fran&#231;ais et sans traduction, expliquant les mesures de pr&#233;vention dans le hall d'entr&#233;e. Sinon la plupart du temps les gestionnaires ont juste d&#233;sert&#233; le foyer, en laissant leur RIB pour encaisser les loyers. Dans certains foyers, les g&#233;rants viennent et s'enferment &#224; clef dans leur bureau en portant des masques mais sans en distribuer. Les r&#233;sidents (qui ont un titre de s&#233;jour) se font parfois expulser pour cause d'h&#233;bergement d'un tiers (sans-papier). Ils ont peur qu'il y ait une enqu&#234;te approfondie &#224; cause du covid-19, d'&#233;ventuels contr&#244;les d'occupation qui peuvent &#234;tre accompagn&#233;s des forces de police. Les vendeurs qui assuraient la vente de certains produits importants (cigarettes, recharges mobiles, nourriture) &#224; l'entr&#233;e des foyers ont &#233;t&#233; chass&#233;s et ont interdiction de s'installer durant le confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salles de pri&#232;re, les salles collectives et certaines cuisines collectives sont ferm&#233;es. Les gens en parlent beaucoup parce qu'ils prient, dans les couloirs par faute de place, et cela ne r&#233;sout rien en termes de proximit&#233;. Beaucoup de personnes ne quittent plus leur chambre par manque d'information, d'attestation de sorties, et par peur de la police et de ses raffles. Ils n'osent plus mettre un pied dehors m&#234;me pour de simples courses. M&#234;me lorque les attestations sont valides, les gens ont peur de sortir car la police demande &#233;galement une pi&#232;ce d'identit&#233; et attestation de domiciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, les habitants mettent en place des syst&#232;mes de mutualisation des courses et de cotisations et s'organisent par eux-m&#234;mes. Les Gilets Noirs n'ont d'ailleurs pas attendu de constater les failles de l'&#201;tat et des gestionnaires, et ce &#224; raison et d&#232;s le premier jour de confinement. &#171; L'&#201;tat et les gestionnaires de foyer se fichent de nous : c'est nous m&#234;mes qui nous d&#233;fendons. On doit faire cette mission pour nos camarades, nos fr&#232;res, nos soeurs, nos filles, nos fils, nos enfants et nos vieux, car personne ne va le faire sinon. Ils aiment notre argent mais ils n'aiment pas nos vies. &#187; en t&#233;moigne B., membre des Gilets Noirs. Un syst&#232;me de collecte, de ravitaillement depuis l'ext&#233;rieur et de caisses collectives dans les foyers a donc &#233;t&#233; mis en place pour assurer l'autod&#233;fense sanitaire et acheter le mat&#233;riel n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ceux qui continuent de travailler ou qui ont davantage d'argent s'organisent pour soutenir ceux qui n'ont plus d'argent. Il y a des difficult&#233;s face &#224; l'augmentation des prix des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Le respect des gestes barri&#232;res est impossible en dehors des chambres car il y a beaucoup de monde, trop de promiscuit&#233;, la distanciation sociale est tr&#232;s difficile &#224; mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que l'&#233;tat d'urgence sanitaire est utilis&#233; &#224; des fins purement r&#233;pressives et de tri entre immigr&#233;s. Au foyer de Boulogne, des personnes sans-papiers qui vivaient dans la cuisine du rez-de-chauss&#233; ont &#233;t&#233; expuls&#233;es au d&#233;but du confinement. Certains dorment d&#233;sormais dans la cour, d'autres dans les escaliers d'urgence. Tous sont sans-papiers. L'expulsion a eu lieu avec des vigiles et la police &#224; la demande du gestionnaire ADOMA. Les personnels d'ADEF d&#233;barquent aussi, dans certains foyers, dans les chambres pour compter le nombre de personnes. Ils pr&#233;textent une inqui&#233;tude par rapport aux mesures d'hygi&#232;ne. Mais cela leur permet de faire la chasse aux &#171; sur-occupants &#187; en op&#233;rant un comptage que g&#233;n&#233;ralement les d&#233;l&#233;gu&#233;s refusent de faire. Aux Baras, un bus du 115 est d&#233;j&#224; pass&#233; pour &#171; reloger &#187; une quarantaine de sans-papiers du hangar. L'id&#233;e est peut-&#234;tre certes, comme toujours, de &#171; mettre &#224; l'abri des populations pr&#233;caires &#187;. Mais dans le cas des Baras, c'est &#233;galement une op&#233;ration de rafle humanitaire, de cassage de la lutte des Baras qui ont toujours refus&#233; de se s&#233;parer pour ne pas perdre leur force collective, et ont toujours exig&#233; un relogement digne pour tous en m&#234;me temps. Nous avons connaissance de 9 cas de COVID-19 dans le hangar o&#249; ils ont &#233;t&#233; plac&#233;s apr&#232;s leurs expulsions. Les Gilets noirs pr&#233;sents aux Baras avaient d'ailleurs &#233;crit un texte (datant du 2 novembre 2019) expliquant qu'il y aurait de lourdes cons&#233;quences en cas de maladie dans cet espace : &#171; En cas de maladie tout le monde a peur d'&#234;tre contamin&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un document de l'ARS datant du 3 avril intitul&#233; &#171; Pr&#233;conisations &#224; destination des personnels des foyers de travailleurs migrants (FTM) &#187;, dans les mesures pr&#233;conis&#233;es en cas de &#171; contamination dans un foyer &#187;, le discours est &#224; la &#171; lutte contre la sur-occupation &#187;, qui rappelle le terme de &#171; surpopulation &#187; en prison. Le discours est tel que &#171; si une personne est infect&#233;e, tous les habitants de la m&#234;me chambre doivent &#234;tre mis en quarantaine &#187;, donc plac&#233; en h&#244;tel ou dans un autre logement, ce qui revient &#224; la mise en place d'un tri des personnes selon leur situation locative et administrative, avec expulsion du foyer au nom de l'urgence sanitaire et afin de &#171; d&#233;sengorger &#187; l'espace de ses &#171; sur-occupants/sur num&#233;raires &#187;. Tout le foyer, comme espace d'organisation collective et lieu de r&#233;sistance est donc vis&#233; par ces pr&#233;conisations, qui ne recommandent par exemple absolument pas de d&#233;pistage massif prioritaire, ou l'arr&#234;t des paiements de loyers pour permettre aux gens de trouver un autre logement ailleurs. Les immigr&#233;s sans-papiers et leurs lieux de vie sont d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233;s et per&#231;us par l'&#201;tat raciste comme le lieu o&#249; peut &#171; grouiller &#187; la maladie, remobilisant les discours racistes et hygi&#233;nistes propres &#224; la propagande colonialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les foyers, des rumeurs circulent &#233;galement au sujet des tests de vaccins en Afrique et de la possibilit&#233; de subir des exp&#233;rimentations si un africain se rend &#224; l'h&#244;pital. Les cons&#233;quences en sont logiques : personne ne veut se rendre &#224; l'h&#244;pital par peur d'&#234;tre trait&#233; comme un rat de laboratoire, et les habitants ont m&#234;me peur de se manifester en cas de maladie par crainte de se faire expulser et de se retrouver &#224; la rue. Pendant un certain moment, un certain nombre de personne ne croyait pas en l'existence du virus, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tous les camarades ont peur des in&#233;galit&#233;s de traitement dans la prise en charge m&#233;dicale : certaines personnes ont la CMU, d'autres une carte vitale ou l'aide m&#233;dicale d'&#201;tat, et d'autres n'ont rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question du travail pour les immigr&#233;s, un double enjeu apparait. Parmi les immigr&#233;s sans-papiers, il y a ceux qui travaillent toujours (souvent dans le nettoyage, un peu sur les chantiers), et qui se mettent en danger, s'exposent au virus, pour des salaires de mis&#232;re. Mais il faut &#233;galement parler de ceux qui ne peuvent plus travailler, et donc n'ont plus aucune source de revenu. La plupart en effet travaillent dans des bo&#238;tes d'int&#233;rim ou sans contrats l&#233;gaux. Le ch&#244;mage partiel ne les concerne donc pas. Certains patrons en profitent : des camarades sans-papiers d'un foyer du 93 ont &#233;t&#233; somm&#233;s par leur bo&#238;te (avec laquelle ils &#233;taient en conflit ouvert depuis plusieurs mois pour obtenir des CERFA et des certificats de concordance, documents n&#233;cessaires pour obtenir des papiers en pr&#233;fecture) de venir d&#233;missionner d'eux-m&#234;mes sous la menace d'une d&#233;nonciation &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'absence de salaire pose un certain nombre de probl&#232;me pour effectuer les paiements des loyers, des courses et pour subvenir aux besoins des familles rest&#233;es au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des foyers d'immigr&#233;s sont situ&#233;s dans des quartiers populaires. Les immigr&#233;s sans-papiers subissent les m&#234;mes conditions d'existence que les immigr&#233;s habitants en quartiers populaires mais &#224; la peur de croiser la police s'ajoute celle de la d&#233;portation. La police a profit&#233; du contexte pour passer dans plusieurs foyers et pour interdire les r&#233;unions de plus de 3 personnes, et ainsi &#171; aider &#187; &#224; fermer tous les espaces collectifs. Les gens craignent encore plus que d'habitude de sortir, voire de circuler &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du foyer. La police p&#233;n&#232;tre m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de certains &#233;tablissements. Cependant des formes d'autod&#233;fense sont mises en place. Dans un foyer, les Gilets Noirs ont impos&#233; aupr&#232;s du d&#233;l&#233;gu&#233; le d&#233;part imm&#233;diat des flics. Quelques jours plus tard, en guise de vengeance, les flics ont mis &#224; sac les chambre d'un foyer du 15&#232;me arrondissement. M&#234;me ceux qui ont des papiers valides subissent des coups de pression et des amendes. Des t&#233;moignages de rackets purs et simples sont remont&#233;s : des policiers mettent des contraventions &#224; des prix non habituels (40 euros) et les font payer en liquide, sans &#233;tablir de PV, pour laisser les gens repartir. Parfois, le simple fait de sortir devant le foyer fumer une cigarette conduit &#224; l'&#233;tablissement d'une amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner que l'autod&#233;fense sanitaire immigr&#233;e s'est d&#232;s le d&#233;but organis&#233;e. Elle passe par l'auto-organisation, l'entraide face au virus, l'organisation de la solidarit&#233; entre les foyers, par des collectes et ravitaillements de produits emp&#234;chant le virus de se propager tout en permettant que la vie continue, ainsi que le partage d'informations traduites dans les langues &#224; travers des textes &#233;crits mais aussi lus et enregistr&#233;s. Ces pratiques de solidarit&#233; ne sont pas seulement de l'ordre de la survie. Elles s'inscrivent dans un objectif plus large, celui de lancer des ripostes et d'&#233;tablir un rapport de force face l'&#201;tat et aux gestionnaires de foyers qui n'ont engag&#233; aucune mesure. Le document de l'ARS, datant du 3 avril, longtemps apr&#232;s le d&#233;but du confinement arrive non seulement bien trop tard mais laisse &#233;galement envisager de s&#233;rieuses pratiques de r&#233;pression. Il s'agit alors pour les immigr&#233;s de ne pas laisser entrer le Covid-19 dans les foyers mais aussi de reprendre du pouvoir dans le foyer : l'autod&#233;fense sanitaire se fait &#224; la fois contre le virus, mais aussi contre l'&#201;tat raciste et les gestionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/jpg/gilets_noirs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH375/gilets_noirs-edf9b.jpg?1667695125' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans les foyers Ehpad/IME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de commencer, il nous semble important de d&#233;finir le terme de d&#233;sinstitutionalisation. La d&#233;sinstitutionalisation est un mouvement n&#233; dans les ann&#233;es 1960 et qui pr&#244;ne un changement dans la vision du handicap et la prise en charge de ces personnes en situation de handicap, notamment sur l'aspect des s&#233;jours de longue dur&#233;e pour les personnes diagnostiqu&#233;es avec un trouble mental, neurod&#233;veloppemental et/ou en situation de handicap. Aujourd'hui, nous pouvons l'&#233;largir aux personnes &#226;g&#233;es ou aux enfants confi&#233;s &#224; la protection de l'enfance car les choix politiques favorisent une prise en charge en institution malgr&#233; la Convention des Nations unies relative aux Droits des Personnes Handicap&#233;es (CDPH). L'article 26 de la Charte garantit &#224; toutes les personnes handicap&#233;es dans l'Union europ&#233;enne leur droit &#171; &#224; b&#233;n&#233;ficier de mesures visant &#224; assurer leur autonomie, leur int&#233;gration sociale et professionnelle et leur participation &#224; la vie de la communaut&#233;. &#187; En octobre 2017, une Rapporteur Sp&#233;cial des Nations Unies pour les droits des personnes handicap&#233;es alors en visite en France, s'inqui&#232;te du nombre de personnes en institution et avance qu'il n'y a pas de bonne institution, toutes doivent &#234;tre ferm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement la notion de Vie Autonome en opposition &#224; l'institutionnalisation s'est d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du Covid-19 mets en &#233;vidence l'absurdit&#233; de la politique de marchandisation du secteur sanitaire et social. On nous racontera que la crise &#233;tait impr&#233;visible et que les morts que l'on compte en millier dans les &#233;tablissements sociaux et m&#233;dico-sociaux sont le fruit d'une fatalit&#233;. Nous, nous disons que c'est la cons&#233;quence de la marchandisation du secteur sanitaire et social. Le business du vieux, du malade, des personnes en situation de handicap, des personnes en situation social compliqu&#233;e bref le business des gens que l'on consid&#232;re &#171; improductifs &#187;. Afin de mettre en lumi&#232;re cette absurdit&#233;, nous avons tent&#233;s de r&#233;colter un maximum de t&#233;moignage en provenance des diff&#233;rents &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/jpg/7800382720_une-infirmiere-dans-un-ehpad-pendant-l-epidemie-de-coronavirus-illustration.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH333/7800382720_une-infirmiere-dans-un-ehpad-pendant-l-epidemie-de-coronavirus-illustration-7f590.jpg?1667695125' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Recueil de t&#233;moignages&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;colte des t&#233;moignages a &#233;t&#233; difficile du fait de l'imperm&#233;abilit&#233; de ces lieux. Au d&#233;but du confinement, des t&#233;moignages nous sont parvenus affirmant que les r&#233;sident-es sont confin&#233;-es dans leurs chambres suite aux directives de l'ARS, mais qu'&#224; l'heure des repas, ils mangent collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onore : &#171; En ephad, je confirme qu'ils sont confin&#233;s dans leurs chambres, c'est les directives partout c'est pas nous qui d&#233;cidons. Je suis veilleuse de nuit et les r&#233;sidents sont tr&#232;s mal, &#231;a fait depuis vendredi que certains ne dorment pas la nuit. On a une mamie qui n'&#233;tait pas dans sa chambre, on l'a cherch&#233; plus d'une heure. On &#233;tait pr&#234;tes &#224; appeler la police et on a fait un dernier tour en allant dans toutes les chambres qui n'&#233;taient pas ferm&#233;s &#224; clef. Finalement on l'a retrouv&#233;e chez une autre dame. Elle &#233;tait tellement angoiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait besoin de parler. J'essaie tant que possible de passer un moment avec essayer de parler de tout &#231;a c'est tr&#232;s anxiog&#232;ne comme situation et ils n'ont plus aucune activit&#233; aucun contact&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Idriss : &#171; Mon frangin schizophr&#232;ne de 60 ans en ehpad n'avait d&#233;j&#224; plus le droit de sortir &#224; l'ext&#233;rieur. Depuis hier ils sont interdits de sortir de leur chambre. C'est quoi cette soci&#233;t&#233; de tar&#233;s. C'est les soignants qui peuvent amener le virus, pas les retrait&#233;s qui sortent pas. Enferm&#233; dans une chambre pour un malade psy, du jour au lendemain pendant combien de semaines ?..C'est quoi la libert&#233; des malades psys ? C'est des chiens qu'on enferme quand on veut, ils n'ont aucun droit ?) on a quelqu'un qui nous dit qu'ils ont confin&#233; sa tante et son oncle s&#233;par&#233;ment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mela : &#171; Mon oncle et ma tante, 90 ans, 60 ans de vie communes, jamais s&#233;par&#233;s, mon oncle Alzheimer d&#233;butant. Chacun confin&#233; dans sa chambre en Ehpad, seul, depuis hier soir. J'en suis malade. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Juliane : &#171; Mon oncle travaille dans un ehpad en tant qu'animateur. Premi&#232;rement, on le fait travailler, alors que l'animation n'est pas indispensable, et il peut ramener le virus vu qu'il a des contacts avec l'ext&#233;rieur. Deuxi&#232;mement, les r&#233;sidents sont tenus de rester dans leur chambre, et priv&#233;s de visites, sans t&#233;l&#233;vision, pourtant ils mangent tous ensemble au r&#233;fectoire&#8230; Et bien s&#251;r les moyens accord&#233;s aux soignants n'ont pas augment&#233; pour faire face &#224; la crise, et les tests de d&#233;pistage sont refus&#233;s aux ehpad). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rel&#232;ve ainsi l'absence de protection dans plusieurs institutions (masques, visi&#232;res, charlottes, surblouses, sur chaussures, &#8230;). Plusieurs personnes enferm&#233;es ne s'alimentent plus et sont priv&#233;es de tout contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignages r&#233;colt&#233;s par un camarade du CLE Autistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; FAM : sortie uniquement dans le parc avec attestation. Pas dans la rue comme les autres. En MAS rien et pas de protection. Les educs des IMEs ont &#233;t&#233; report&#233;s sur les structures adultes laissant tous les parents sans rien &#224; domicile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224; en IME deux autistes infect&#233;s ils sont enferm&#233;s dans leur chambre. Et une ne s'alimente plus depuis 3 jours m&#234;me en &#233;tant gu&#233;rie. Il ne semble pas y avoir de cadre juridique ni sanitaire. Une personne qu'on conna&#238;t est en r&#233;sidence psy. C'est pourtant plus libre que les foyers mais l&#224; c'est transform&#233; en prison d'un coup. Ils sont clo&#238;tr&#233;s. Un foyer pour handi physiques (en fauteuil) en face ils ont mis des barri&#232;res. Ce sont des cha&#238;nes qu'ils ont mises. Et c'est un service ferm&#233;, avant les gens ne faisaient que sortir prendre l'air et parler. L&#224; c'est plus possible. On ne sait pas ce qu'il s'y passe&#8230;EPHAD &#224; c&#244;t&#233; c'est pareil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons peur des d&#233;c&#232;s par le Covid-19 mais &#233;galement de l'enfermement disproportionn&#233; dont sont victimes les personnes institutionnalis&#233;es. Cet enfermement emp&#234;che les personnes de se nourrir car elles sont trop anxieuses, d'autant plus qu'elles sont priv&#233;es de toutes relations ext&#233;rieures, rappelant ainsi les mesures carc&#233;rales. Ces personnes seront les derni&#232;res &#224; &#234;tre soign&#233;-es. Le 21 mars, M&#233;diapart a diffus&#233; un document interne du CHU de Perpignan sur le triage. Aujourd'hui on est face au tri des patient-es selon leur &#226;ge, la pathologie ou non, et le niveau de d&#233;pendance. C'est clairement de l'eug&#233;nisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des Service d'Aide &#224; Domicile, plusieurs personnes vivant seules et ayant besoin d'aides humaines ont &#233;t&#233; contraintes de retourner chez leurs familles car les aidant-es devaient s'occuper de leurs enfants ou &#233;taient malades. Des aide-humaines sont oblig&#233;es d'aller chez une dizaine de personnes par jours, ce qui augmente le risque de contagion. Les services mandataires et prestataires ont re&#231;u les protections que tardivement et certains n'ont rien re&#231;u. On retire les bouteilles d'oxyg&#232;ne aux domiciles des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des personnes en grande fragilit&#233; ou en d&#233;pendance dans les Ehpad, IME, MAS et Foyer de Vie ou &#224; domicile montre une continuit&#233; de la logique d'abandon et d'&#233;limination des personnes consid&#233;r&#233;es comme &#171; sans-valeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Squats et personnes &#224; la rue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un groupe d'enqu&#234;te est en cours de constitution sur ce secteur. Nous savons que la police se livre &#224; diff&#233;rents r&#233;gimes de brutalisations pour d&#233;placer ou faire dispara&#238;tre les SDF. La pression est mise aussi sur les gens en camions. Les personnes abrit&#233;es dans des gymnases sont soumises &#224; des conditions indignes et qui les mettent en danger. Autour de chacun de ces lieux, l'arbitraire policier r&#232;gne. &#192; Toulouse, des squats ont &#233;t&#233; gaz&#233;s. Il s'agit de d&#233;velopper ce secteur d'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris et surtout dans le nord de Paris et en banlieue proche, le Covid-19 est &#233;galement un bon pr&#233;texte pour nettoyer les quartiers populaires des &#171; ind&#233;sirables &#187;, les migrant.e.s (demandeurs et demandeuses d'asile, r&#233;fugi&#233;s ou d&#233;bout&#233;s) pour les parquer dans des gymnases. Il faut analyser ces pratiques comme des pratiques racistes hygi&#233;nistes, qui reposent sur un imaginaire de la maladie incontr&#244;lable et &#171; grouillante &#187; dans des corps pauvres et non-blancs donc per&#231;us comme dangereux car toujours &#171; mobiles &#187;, et qu'il faudrait donc stopper en les parquant dans un gymnase. On peut facilement imaginer que ces pseudo &#171; mises &#224; l'abri &#187; pourront, en fin de confinement, servir plus ais&#233;ment au Pr&#233;fet Lallement d'op&#233;rer un tri plus facile entre ceux qui ont les bons papiers et ceux qui n'en ont pas. Sur le th&#232;me : mise &#224; la rue/rafle/d&#233;portation en temps de maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les campements de fortune du Nord de Paris, diff&#233;rentes associations comme Solidarit&#233; Migrants Wilson ou Paris d'Exil ont report&#233; des violences polici&#232;res (r&#233;veil des migrant.e.s en d&#233;chirant les tentes au couteau, coups de pied etc). Les points d'eau potable ont &#233;t&#233; coup&#233;s &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://enquetecritique.org/IMG/jpg/838_sdf_confinement_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://enquetecritique.org/local/cache-vignettes/L500xH358/838_sdf_confinement_2-d3b9d.jpg?1667695125' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;l&#233;ments d'analyse sur la situation en cours et les perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que dans le cadre de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, comme dans l'&#233;tat d'urgence d&#233;fini par la loi de 1955 dont il s'inspire, l'appareil r&#233;pressif et les moyens de violence de l'&#201;tat sont renforc&#233;s. Au d&#233;ploiement de cent mille membres des forces de &#171; l'ordre &#187; (gendarme, police, militaire), &#224; l'&#233;largissement des pr&#233;rogatives de certains corps comme la police municipale, les gardes champ&#234;tres, les agents de la mairie de Paris ou de la pr&#233;fecture de police, &#224; la prolif&#233;ration des drones et des cam&#233;ras de surveillance, s'ajoute la n&#233;cessit&#233; pour l'&#201;tat autoritaire de garder un espace-temps ultra-confin&#233;, sur-enferm&#233;, o&#249; les privations de libert&#233; augmentent &#224; mesure qu'elles se normalisent dans les autres espaces-temps publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fini comme &#171; une mesure exceptionnelle [&#8230;qui] permet de renforcer les pouvoirs des autorit&#233;s civiles et de restreindre certaines libert&#233;s publiques ou individuelles &#187;, l'&#233;tat d'urgence est plus un temps politique transitoire qu'un v&#233;ritable temps de rupture l&#233;gale. Un temps de changement brutal entre deux ordres, entre deux normalit&#233;s. Une passation permanente de l'exception &#224; l'ordinaire qui permet &#224; l'&#201;tat de r&#233;guler les crises r&#233;guli&#232;res de son syst&#232;me raciste, capitaliste et h&#233;t&#233;ro-patriarcal. Il est alors n&#233;cessaire d'observer ce qu'il se passe en termes de changements et de micro-changements, de se pr&#233;munir contre le temps d'apr&#232;s : qu'est ce qui va rester ? Qu'est ce qui va se normaliser ? Se l&#233;galiser ? S'instituer ? Chaque &#233;tat d'urgence a conduit &#224; une surench&#232;re dans la r&#233;pression. L'appareil juridique est une des armes de l'arsenal r&#233;pressif de l'&#201;tat. L'analyser comme un moyen du politique, comme une mani&#232;re d'assurer sa continuit&#233; en d&#233;pit des crises qui le constituent, et donc, comme une modalit&#233; de la r&#233;pression, c'est mettre en &#233;vidence ses logiques de domination et le potentiel violent qu'il instaure. Le droit, c'est de la privation de libert&#233;, c'est du chantage &#224; la prison. La prison, comme les quartiers populaires, n'est pas un espaces-temps test. C'est un espace d'application ordinaire et normalis&#233; des &#233;tats d'urgences dans leur caract&#232;re r&#233;pressif. Alors, il ne peut pas exister de lutte sans les prisonnier.e.s. Et pas de remise en cause de l'&#201;tat sans la fermeture totale et inconditionnelle de tous les lieux de privation de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe l'instrumentalisation par le pouvoir politique d'un accroissement de l'arbitraire policier qui s'exprime notamment dans les rues des quartiers populaires, dans les prisons, les campements, autour des lieux de vie des migrants et dans les territoires coloniaux. Cet usage de la f&#233;rocit&#233; s'exprime &#224; travers un bouleversement du rapport de forces li&#233; &#224; l'effondrement de la puissance populaire dans la rue. Alors que les centre-villes et les quartiers privil&#233;gi&#233;s sont rappel&#233;s &#224; l'ordre &#224; la marge, la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re se d&#233;ploie dans les quartiers populaires des colonies d&#233;partementalis&#233;es et de France o&#249;, tout comme la gestion s&#233;curitaire de la crise des services de sant&#233;, la p&#233;nalisation de la pr&#233;sence dans la rue se confronte &#224; des r&#233;sistances, des solidarit&#233;s et des contre-attaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ploiement de l'arm&#233;e dans diff&#233;rents secteurs civils signale une mont&#233;e en puissance du pouvoir militaire. Le g&#233;n&#233;ral Richard Lizurey (ZAD 2018, GJ-8d&#233;cembre 2018), a &#233;t&#233; charg&#233; d'&#233;valuer l'organisation interminist&#233;rielle de la gestion de crise du Covid-19. Il poss&#232;de d&#233;sormais un bureau &#224; Matignon. Depuis 2016, cet ancien directeur g&#233;n&#233;ral de la gendarmerie nationale a &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne dans la r&#233;pression des mouvements sociaux26. La militarisation avance parall&#232;lement mais in&#233;galement dans les colonies d&#233;partementalis&#233;es et en France. Le confinement r&#233;v&#232;le et souligne la structure imp&#233;rialiste fran&#231;aise et en m&#234;me temps qu'il l'amplifie d'une certaine mani&#232;re, il la pousse aux limites de ces contradictions. Et dans les mailles distendues d'un pouvoir colonial essouffl&#233;, on voit se multiplier les pratiques populaires d'autod&#233;fense et d'autonomisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des ruptures &#233;videntes, la s&#233;quence montre une continuit&#233; syst&#233;mique avec la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente en d&#233;ployant des r&#233;gimes de f&#233;rocit&#233; contre les classes domin&#233;es et en particulier les plus pauvres, les non-blanc.he.s, les migrant.e.s, les travailleurs.ses ill&#233;galis&#233;.e.s, les prisonnier.e.s, avec des conditions d'oppressions conjugu&#233;es pour les femmes dans chaque cat&#233;gorie. Les conditions de vie impos&#233;es aux personnes rel&#232;vent elles aussi de l'&#233;crasement voire de l'&#233;limination. On remarque une communaut&#233; d'exp&#233;riences du confinement entre tous ces secteurs du champ de bataille. Il s'agirait d'aider &#224; construire et consolider des ponts entre chacun de ces territoires du confinement et entre toutes ces r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjugaison opportuniste des logiques de profit et des strat&#233;gies de d&#233;fense des dominants met en oeuvre des r&#233;gimes de confinement in&#233;gaux et hi&#233;rarchis&#233;s. &#192; travers le d&#233;ploiement d'une multiplicit&#233; de nouvelles technologies de pouvoir s&#233;curitaire, il faut bien percevoir aussi, que ces dispositifs ne touchent pas tout le monde de la m&#234;me fa&#231;on, ils sont r&#233;gis par les rapports de domination syst&#233;miques, ils continuent et continueront &#224; prot&#233;ger certains en opprimant d'autres. Si la s&#233;quence du confinement n'est qu'une transition, les classes dominantes devraient suivre les m&#234;mes logiques que durant les &#171; transitions d&#233;mocratiques &#187; qui ont permis &#224; toutes les dictatures de se recycler dans des &#201;tats dits d&#233;mocratiques au xxe si&#232;cle. Alors elles int&#233;greront dans la &#171; normalit&#233; &#187; une partie importante des innovations du confinement. Pour l'instant, le confinement non seulement souligne mais amplifie et approfondit &#233;galement les rapports de dominations syst&#233;miques, &#233;largissant malgr&#233; lui d'autres interstices dans la soci&#233;t&#233; imp&#233;rialiste fran&#231;aise. &#192; travers ces derni&#232;res, on voit se r&#233;v&#233;ler et surgir dans chaque secteur des formes d'auto-organisation populaires. C'est sans doute l&#224; qu'il faut fournir de la force, des moyens et construire des liens, car &#224; l'intersection des r&#233;sistances populaires, des groupes d'entraide et des brigades de solidarit&#233; pourront s'enclencher les luttes contre la soci&#233;t&#233; de (post) confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; pour la premi&#232;re fois le 16 avril 2020 sur &lt;a href=&#034;https://acta.zone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;acta.zone&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus d'infos sur les luttes contre les CRA et toutes les prisons, et pour de paroles de l'int&#233;rieur des CRA, voir sur le blog &lt;a href=&#034;https://abaslescra.noblogs.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://abaslescra.noblogs.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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